07 mars 2008
Moi, Lolita...
Hier, j'ai revisionné la première interprétation de Lolita que Julien avait faite à Baltard et j'ai retrouvé intact un torrent de sentiments mélés devant ces quelques minutes suspendues, comme aériennes, hors du temps ordinaire...
Petit flash-back...
J'en étais restée sur sa version à tomber à la renverse de Light My Fire, mon coeur qui se serre un peu quand il disparait ("Mais va t il revenir?"), l'éruption volcanique, la secousse tellurique pendant les secondes finales, un voyage dans les mondes parallèles simplement en regardant ma télé un mercredi soir...une claque.
Alors j'attendais cette soirée avec impatience, je crois bien que c'est même cette semaine là que j'ai commencé à aller sur le net pour en savoir plus sur lui, que j'ai vu pour la première fois "A la faveur de l'Automne" au théâtre...
Et puis la rumeur prend corps, il va chanter "Moi Lolita" d'Alizée...
Moi déjà déçue, je me dis qu'on va tomber dans le grotesque et la caricature, je ne comprends pas, je ne sais pas encore à qui j'ai affaire (je ne le sais toujours pas beaucoup plus), je n'ai pas vu la vidéo (qui a disparu depuis) de Julien reprenant cette chanson avec son groupe...mais je veux voir quand même, je suis déjà totalement accroc sans le savoir...
Et puis la soirée s'écoule, et Julien passe en dernier je crois bien, comme presque toujours...
Alizée, une gamine de 14 ou 15 ans qui chantait cette chanson pour faire danser dans les boites...
Julien, un homme de 24 ans qui attend, planté bien droit, que l'intro lanscinante, mélancolique, de la chanson qu'il a retravaillée soit finie pour se lancer...
Moi je m'appelle Lolita
Lo ou bien Lola du pareil au même
C'est devenu une complainte douloureuse, qui raconte des promesses non-tenues, le désir et le dégout et la lassitude. En quelques mots, en deux petites phrases...
Les yeux fermés, le regard qui sourd rapidemment entre les paupières lourdes...
Moi je m'appelle Lolita
Et quand je rêve au Loup
C'est Lola qui saigne
Et sur ce Loup, tu montre tes crocs carnassiers dans un rictus un peu désabusé, tu es le loup et tu es l'agneau, c'est toi qui saignes et c'est toi qui déchires...
Mais déjà la chanson continue, ça va trop vite, les pensées fusent comme des étincelles et bouillonnent dans ma cervelle...
Oh quand fourche ma langue
J'ai l'a-phorisme dadaïste
De mon doux phénomène
Engoncé dans ce costume bleu trop étriqué qui m'aurait sans doute fait ricaner sur n'importe qui d'autre que sur lui...il change les paroles et je ne pense plus à rien, hypnotisée par ce regard en biais, ce type qui est là, qui semble s'offrir mais qui au fond se refuse...cette mélancolie qui émane de tout, la chanson, son visage crispé, tout en est imprégné...
C'est pas ma faute
Et quand je donne ma langue au chat
Je vois les autres
Tout prêts à se jetter sur moi
C'est pas ma faute à moi
Si j'entends tout autour de moi
Lo, Li, Ta
Moi Lolita
C'est comme l'expression d'un fantasme devenu insupportable
Il y a un mec à la télé qui étale ses tripes devant tout le monde
..et le phrasé coule comme une rivière sur un lit de cailloux, le chuintement prononcé sur le mot chat a quelque chose de presque enfantin qui apporte un décrochement étrange dans le déroulement des mots qu'il martèle avec retenue encore...Tout est intérieur...
Collégienne aux bars Blues de méthylène
Surréalisme des changements de paroles qui, oh miracle, bien loin de dérouter, vous plongent dans l'ambiance à la seconde...
Motus et bouche qui n'dit pas...
Oh, à maman que je suis
Un phénomène...
La voix se fait plus aigue, la tension monte...Pratiquement sans bouger, par la seule force de sa voix, par l'intensité qu'il place dans ces paroles galvaudées, il a pris tous ces gens par la main...
Oh Lo-li-ta
Oh Lo-li-ta
Ooooh Lo-li-taaaaaaa
Ooooh Lo-li-taaaaa
C'est pas ma faute à moi
Climax sur le dernier refrain...
Sur cette chanson, tout ce que je sais de Julien sur scène était déjà là, les analogies érotiques, les métaphores sexuelles qui me viennent immanquablement à l'esprit quand je le vois chanter, l'exaltation qui monte, la perte de contrôle qui menace mais qui ne vient jamais, le côté borderline, funambule...et en même temps l'aspect retenu, presque enfermé, la bulle, les yeux vagues...Est ce qu'il chante pour partager quelque chose avec nous ou uniquement pour le plaisir d'être regardé avidemment, d'être désiré...?
Il achève les dents serrées, brutalement...on n'a pas atteint l'apaisement.
Moi j'ai la tête à l'envers.
Après ça, il a repris cette chanson tellement de fois...mais jamais avec la même rage contenue, la même intensité écorchée...
Quand il l'a rechantée aux Duos du Coeurs, il en a fait quelque chose de beaucoup plus masculin avec sa langue aux chattes et un côté bien plus deuxième degré, plus moqueur, plus dérisoire...
Il l'a maltraitée de toutes les façons possibles sur la tournée des plages...
Il en a fait une sorte de marche funèbre chez Fogiel...
Parfois j'ai pensé qu'il l'avait un peu mise à mort cette Lolita qui lui colle un peu trop à la peau...Ceci dit, elle résiste, jusqu'à présent. Elle est un de ses personnages de scène, un de ses atouts, je le pense.
"Dans la frustration, aimez moi"
Commentaires
Très beau texte et magnifique blog :)
je suis d'accord, texte sensible ;)