21 mai 2008
ne fais pas l’ébahi, pas comme si tu étais surpris
à trop lancer des perches il y en a toujours une qui sera boomerang
je te regarde encore un peu
tapie dans l’ombre
je serais voyeure pour toi
je serais la fleur à tes lèvres
et la tienne aux miennes
insaisissable
vaporeux
juste un sourire
juste une note
tu semblerais presque gêné, presque rougi
par la chaleur qui émane de toi,
de toi immobile sur papier glacé
papier glacé et brûlant mes doigts et ma dignité
ne bouge pas tant
laisse moi t’attraper, te saisir,
être la fleur à tes lèvres
la tienne aux miennes
tapie derrière la porte
je t’observe encore un peu
ne bouge pas tant
laisse moi jouer avec l’objectif
zoomer, un peu plus
pas trop
noir et blanc
ou couleur
qu’importe au final
laisse moi te capturer
saisir cet instant
prêt à consommer,
comme un mc do, ou un kebab,
un julien doré en galette s’il vous plait,
avec beaucoup de sel et de ketchup,
merci.
tu ne comprends peut être pas, je ne te le demande pas.
ces quelques mots qui glissent entre tes doigts,
tes doigts rongés jusqu’au sang,
julien doré,
ce ne sont que quelques mots tu sais,
pas grand-chose,
un peu comme ma présence,
dans ton ombre.
28 janvier 2008
Je dessine peu. Ce n’est pas faute d’aimer dessiner, c’est faute de temps, de talent, de précision, de rigueur, de trop de choses au final. Je dessine peu. Mais j’ai fait une exception pour toi. Ta tête est bien sur trop ronde, tes yeux trop ouverts, trop je ne sais quoi, bref ce n’est pas ton image. Mais je me fous que mes traits ressemblent aux tiens. Ce n’était pas ce que je voulais dans un premier lieu. Le dessin pour moi, c’est pas la représentation, la représentation je laisse ça à d’autres plus talentueux que moi. Le dessin pour moi, c’est apprendre à appréhender le modèle. J’ai un souci, j’ai du mal à me concentrer. Enfin non, ce n’est pas vraiment un problème de concentration, mais on s’en fout de toute cette histoire non ? C’est bien ce que je disais. Alors je reprends. Le dessin ça me permet d’appréhender l’autre. De retenir les traits qui me marquent, parce qu’il y a toujours des détails qui me touchent, qui me marquent plus que d’autres. Bien souvent ce sont les yeux, va t’en savoir pourquoi, c’est cliché, mais les yeux me touchent. Enfin non, ce sont ses yeux à lui qui me touchent parce que j’arrive à lire dedans, parce que c’est notre façon de communiquer puisque nos paroles se mentent tout le temps, mais lui, tu t’en fous, tu ne le connais pas, et c’est normal. Revenons à nos moutons quelques instants, revenons à toi quelques instants. Quand je te disais que j’avais tendance à beaucoup m’éparpiller. Si j’étais honnête, je t’expliquerais qu’en fait je suis une bien mauvaise fan. Je n’appréhende pas ta conférence de presse, je ne guette pas chacune de tes apparitions, ou chacune de tes nouvelles photos, je n’y arrive pas, c’est trop pour moi. Tu restes cette personne à part entière, cette entité qui est bien loin de moi, que je n’ai pas envie de trop approcher, que j’ai envie de garder comme il est, à savoir un artiste en puissance, un ptit gars de 25ans que je ne connais pas. J’ai du mal à t’idolâtrer vraiment, à t’idéaliser, à te décliner sous tous les fantasmes possibles. J’ai écrit à ton propos mais ce n’est jamais vraiment toi au final. Et là encore, on s’en fout. J’ai su écrire en prenant ton nom, ta situation, mais il est difficile de te cacher quand on essaie de te dessiner. C’est aussi pour ça, au-delà même des détails techniques, que je n’ai jamais essayé de te dessiner, alors que les dessins de ces gens dans le métro, de ce garçon, de ces instants de vie qui me hantent comblent mes carnets de croquis. Mais ce soir, j’ai décidé de te dessiner. Ca m’a tracassé toute la journée à vrai dire. Je l’ai remarqué à ma façon de dessiner frénétiquement tes lunettes d’aviateur pendant mon cours d’anglais. Alors, ce soir j’ai désespérément cherché LA photo, sans la trouver bien évidemment. Mais là encore ce n’est pas ce qui importe. Dessiner pour moi, c’est la meilleure façon d’appréhender quelqu’un. Oui, je me répète beaucoup. C’est ma façon à moi de m’investir parfois, de m’approprier une part de toi, de faire ce que je ne sais pas faire. J’ai commencé par tes yeux. Parce que ce sont tes yeux sur cette photo qui m’ont marqué. Ce sont les cernes surtout. Ton côté épuisé, à bout. Te voir enfin sans maquillage. Tes yeux sombres, les pupilles noires de jais. Elles m’ont captivées. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Peut être ta façon de m’affronter comme ça. J’ai un instant cru que peut être tu te livrerais, que je saurais lire ton regard. Je savais dès le départ que c’était faux. Mais c’est ta façon de te présenter à nous sans armes, avec juste tes cheveux comme bouclier. Et quel bouclier. J’avoue que mon côté fille revient et que j’ai juste envie de passer mes doigts dans tes boucles. Mais je les devine nouées et de suite ça casse pas mal d’images. Enfin non, mais ça me rappelle surtout ce garçon à qui je faisais des tresses tout le temps, et là ça me noue le palpitant et j’ai pas envie, alors, revenons à nos moutons j’ai dit. Et puis ta bouche. Encadrée. Comme pour la souligner un peu plus. Hum, là encore c’est l’aspect purement physique qui prend le dessus parce que je les imagine très bien ces deux petites lèvres. Mais là, ça me rappelle les siennes, et là encore, je n’ai pas envie d’y penser. Tu sais, Jules, j’ai compris pourquoi je ne te dessinais jamais. Pourquoi je ne voulais pas te dessiner, au-delà du fait que je ne le sache pas vraiment. Pas du tout même. Parce que j’ai tendance à faire des projections trop souvent. J’ai un inconscient en mousse qui fait des liens entre trop de choses au final. De la même façon que je n’écouterais plus jamais Ray Charles de la même façon, ou Sigur Ros sans penser à ces personnes. Je sais que je ne peux te dessiner sans que des tas d’images, de projections s’imposent à moi. Parce que malheureusement, j’ai donné ton image à mes fabulations, à mes névroses, à mes obsessions. Alors, je m’en vais juste t’écouter en fermant les yeux. Et j’écrirais en empruntant ton nom une autre fois. En sachant que de toute façon, tu n’auras de Julien Doré que l’appellation. Un peu comme ce dessin qui traînera très vite dans ma poubelle et qui n’aura de Julien Doré que l’intention.
J’connais ce genre de regard. J’ai le même quand je suis exaspérée. Enfin non, pas exaspérée, c’est pas le bon terme. Disons quand je reste en retrait par rapport à une conversation, que je décide de ne pas dire ce que j’ai envie de dire.
Tu sais ce à quoi je pense directement en la voyant ? Que tu es beau. Vraiment. Je ne le pense pas sur toutes les photos, et je ne le penserais ptet même pas quand je te rencontrerais. Moi aussi j’suis changeante. Lunatique. Bipolaire. Il suffit que je sois de mauvaise humeur pour que je t’envoie bouler. Bibi ou pas Bibi. Bien sur ce sera différent quand tu te mettras à jouer. La musique m’enlève toute mauvaise humeur. Mais je m’égare là ! Mais oui, là tu es beau. Parce que tout est fait pour que tu le sois. Que tu attires la lumière. Celle qui est juste derrière toi déjà. Mais aussi parce qu’il y a tout ce bleu qui reflète tes yeux. Le parachute qui te sert de veste dans un premier temps. Mais aussi ce bleu derrière toi. La chemise de ce monsieur mais aussi cette impression qu’il y a un halo bleu autour de toi. Toute cette redondance ça fait ressortir tes pupilles, tes prunelles. Oh, c’est sur que tu es beau même sans tout ça, c’est même quand tu n’as pas tout ça que je te préfère physiquement, quand tu n’as pas tout cet attirail, que tu n’es pas caché sous tout ce fond de teint, au fond, si je devais choisir un aspect physique de toi, si je pouvais jouer à la Barbie avec toi, je sais que je ferais comme PQ(J), je te choisirais avec ce doigt dans le nez. Ou tout dégoulinant de sueur sur scène après t’être déchaîné, ou mieux encore, dans cette tenue si sobre d’Etienne. Crois moi, là, je ne pourrais sans doute détourner le regard.
Mais, j’ai un esprit scientifique, c’est la faute du lycée au final, je fonctionne selon un mode très simple : Observation, signification, conclusion. Et puis, tous ces nouveaux cours que j’ai, ça ne m’aide pas à ôter cet esprit d’analyse que j’ai tout le temps. Ma manie d’observer à tout rompre, de vouloir toujours tout comprendre. Alors, tu sais quelle est la deuxième chose que je me dis à propos de cette photo ? Une fois que je suis passée outre ces sentiments de désir ? Que tu n’es qu’une mise en scène. C’est pas une idée nouvelle, loin de là. C’est juste que plus j’avance, et plus j’ai l’impression de comprendre comment tu as pu avoir ces idées là. Oh, pas tout le chemin non, je ne suis pas toi. Je ne serais jamais toi, merci bien. Se débarrasser de tous tes préjugés sur les médias pour les comprendre, pour les analyser, ça a été dur comment pour toi dis moi ? Tu l’as dit, tu t’en es débarrassé pendant l’émission. Etudier les médias et en faire leur critique. Tu ne peux vraiment le faire que quand tu prends tout le recul nécessaire. Il faut aller loin pour ça, n’est ce pas ? Alors, là à cet instant précis, qu’est ce que tu es en train de te dire ? Qu’est ce que tu es vraiment en train de faire ? Te glisses tu dans le média ? Ou restes tu en dehors ? Jusqu’où as-tu décidé d’infiltrer le paysage médiatique ? Est-ce pour ça ton omniprésence ? Au-delà même de l’idée de faire de toi une œuvre d’art. C’est sans doute une projection que je fais sur toi, mais et si au-delà même de l’idée artistique tu avais aussi une visée sociologique ? Médiatique ? Comprendre les médias, leurs critiques, les déconstruire pour mieux les reformer. En tout cas, ça ne m’étonnerait pas qu’un jour, tu fasses l’objet d’un livre de sociologie des médias Bibi.
Mais je sais très bien que quand tu me regardes comme ça, ça veut dire que je te soule. Alors, viens, on va dormir maintenant.
24 janvier 2008
Tu m’fais rire quand tu nous regardes de haut comme ça. Quand tu essaies de te rendre inaccessible. J’en parlais tout à l’heure avec cette fille. Les gens prétentieux nous font rire. Puisqu’on ne peut s’empêcher de se moquer d’eux. Quand je regarde cette photo, j’peux pas m’empêcher de me demander : Je te dirais quoi si tu me regardais comme ça ?
Et puis, il y a ce tee shirt. « Je m’appelle Thomas Lélu ». Pourquoi te fais tu passer pour un autre ?
Alors, qui es tu Julien Doré ?
Quel est ce garçon là, face à moi, la tête haute cachée sous son bonnet ?
Tu te dis timide, lunatique, pas sûr de lui pour un sou. Tu te dis moche mais séducteur. Toi, complexe ? Si peu.
Je ne sais écrire que sur ce que je connais. Ou sur ce que je devine. Mais toi, je ne te connais pas Julien Doré. Je ne te devine pas non plus. Parce que je ne fais pas confiance aux propos rapportés.
Ca revient à ma première question, que dirais je si jamais je te rencontrais Julien Doré ?
Juste « Merci » ? Je ne pense pas non. Pas une question de politesse ou non, c’est juste que, je sais pas en fait. Mais non, pas « merci » ! Je ne sais plus qui ici, je crois que c’est Pomme, expliquait que toutes les filles avaient au final ce désir de se faire remarquer, d’être pour un instant au moins, l’élue. Je suis une fille. Alors, que suis-je supposée faire pour être l’élue, juste un instant ? Te vanner ? Mais, ne risquerais tu pas de me prendre de haut comme ici ? De te braquer et de te refermer encore plus, si c’est possible ? Pourtant, je crois que c’est une des seules choses que je serais capable de faire. C’est ma façon de gérer le stress, l’intimidation, mon humour à deux balles. Je crois que c’est ce qui s’est passé avec tous les gens que j’ai rencontré ces dernières années.
Tu m’embêtes. Parce que tu es une sorte d’énigme. Que l’on n’a pas envie de résoudre. Que je n’ai pas envie de résoudre. Parce que je le sais, si je la résous, je m’en désintéresserais. Mais, bref.
Que veux tu dire par là ? Par cette posture ? Je crois que rien chez toi n’est hasard. Faire de son corps une œuvre d’art ce n’est pas commun. Mais, calcules tu tout, ou au contraire, laisses tu ceci au hasard ? Ton œuvre est elle le fruit d’une réflexion ou celui du hasard ? Est-ce un hasard si tu te retrouves dans cette position, sous le nom d’un autre ? Je ne crois pas non.
Tu sais, Julien Doré, du haut de tes quelques centimètres, tu es complexe. Oui, je me doute que tu le sais. Ta posture m’intrigue. Je crois qu’au-delà même de ta voix, de ton talent, c’est cette façon que tu as de poser qui m’intéresse chez toi. Ta façon de lancer des pistes. De te faire médiateur sans le dire. De nous ouvrir ces portes vers des mondes inconnus pour beaucoup.
Mais dis moi, Julien Doré, serais tu toi aussi une fille désireuse d’être l’élue juste un instant ? A une échelle plus grande, mais toujours cette volonté au final, d’attirer sur toi, juste un instant, les projecteurs ? Et serais ce là, le sens de ton T shirt ? Au-delà même du sens premier ?
07 janvier 2008
Dans le métro
J’aime pas le métro. C’est long, c’est inconfortable, et y’a toujours des gens chiants. Et j’suis souvent une de leurs foutues cibles ! Alors, pour la dernière fois, non je n’ai pas un joli sourire, non je suis pas une personne sympathique ! Et en plus, j’suis de très mauvaise humeur le matin ! J’aime pas le métro.
Hop, j’me prends une rame pour moi toute seule. De la musique dans les oreilles, avec un peu de chance ça va me réveiller.
« Gare Jean Lebas » Plus que deux arrêts ! Tiens, y’a quelqu’un qui est entré. Oui, je sais c’est mal d’observer les gens. Et alors ?!
Et pourquoi il a des lunettes de soleil lui d’abord ?! Le bonnet, j’comprends, il fait un froid de canard dehors et j’ai oublié le mien. Mais les lunettes ?!! Pourquoi sa tête me dit quelque chose en plus ?! Ces boucles blondes, ces lèvres si délicatement ourlées, et puis ce t shirt … ce col v … ce tatouage !
Non. Non, je rêve c’est pas lui ?!
Bon, Mel, ferme les yeux, respire et concentre toi deux minutes sur ta musique. « Glavolution. » Bon d’accord, j’ai rien dit, ouvre les yeux et change la piste ! Il a enlevé ses lunettes. Oh … c’est vrai qu’il a des yeux à tomber quand même …
Il a l’air un peu perdu devant les noms de stations … Ouais logique en même temps, il ne doit pas venir très souvent à Lille hein !
« Besoin d’aide pour t’orienter ? »
Ouais, j’suis une fille généreuse moi , toujours prête à aider son prochain … Moi, de mauvaise humeur ?! Jamais …
Oh purée, il est libidineux quand même quand il est surpris et embarrassé.
« _Euh … peut être bien ouais .. ; tu saurais où est le Splendid à partir d’ici ?!
_Oh là ! Déjà en étant d’ici je galère à le retrouver à chaque fois que j’ai un concert là bas, alors toi qui vient du sud … »
Oups ! Grillée ! Bon, euh j’rattrape le coup !
« Me regarde pas comme ça roooo ! Disons que t’as un peu squatté les premières pages de mon programme télé il y a quelques mois… Me regarde pas comme ça, non mais ! rooo ! Et puis débrouille toi hein ! T’avais qu’à pas faire genre t’es un type sexy qui sait chanter ! »
Bon, finalement j’suis quand même de mauvais poil. Et légèrement hypocrite peut être …
« _euh … les gens du nord sont pas supposé être super accueillants et très chaleureux ?!
_Mouais … disons que j’suis pas du matin …
_J’comprends … Pardon … »
J’éclate de rire. Non mais vraiment, qu’est ce que je fous là ?! Par contre, faudra qu’on m’explique comment je fais là pour tenir une vraie conversation alors que je suis sur le point de lui sauter dessus hein …
« _J’aime bien les types qui s’excusent pour la personne d’en face … ça fatigue moins … Bref ! Pour le splendid il faut que tu t’arrêtes Porte d’Arras mais après c’est assez loin …
_Ah ? Et c’est indiqué au moins non ?!
_Euh pas vraiment non … Enfin si ! Quand tu te retrouves sur le trottoir d’en face, il y a un panneau qui indique « Splendid » avec une flèche dirigée à l’opposé. Dans le genre information de haut niveau on fait pas mieux ! »
Il rigole … Oh son rire …
« _Et j’fais comment alors pour y aller ?!
_Bon, j’ai vraiment une petit idée … Mais ç va t’obliger à suivre une fille particulièrement désagréable au réveil … Ouais, je sais, c’est dur !
_Ah ouais, en effet, j’vais ptet préféré me perdre alors …
_J’ferais pareil à ta place ! Ou alors, tu peux me suivre de loin …
_C’est un point de vue intéressant effectivement … »
Oh son sourire malicieux … là, je fonds …
« C’est juste que je dois me rendre pas très loin de là, alors, en fonction de ce que tu me proposes en échange, j’peux ptet faire genre j’suis une fille aimable et faire un détour pour t’indiquer le chemin … »
Oui, je sais, c’est mal de mentir. Mais j’ai loupé mon arrêt alors ! Et puis, cette bouche qui s’ouvre quand il rit … Et ces yeux …
« _Hum, que veux tu en échange ?
_J’ai pas encore décidé … Suis moi, je choisirais en route ! »
Bon, maintenant j’essaie d’éviter de nous perdre … Euh … Quoique …
« _Viens c’est … euh … par là !
_T’es sure ?!
_Mais oui ! J’peux te poser une question ?!
_Suis je sortie avec Gaëtane ?!
_Euh … ou pas ! J4’voulais surtout savoir ce que tu foutais par ici en fait ?!
_Ah ! En fait, avec mon groupe (oui, c’est bien fais genre tu es surprise et t’étais pas au courant qu’il avait un groupe !) on doit jouer au splendid en premiere partie d’Herman Dune, donc là je vais répeter avec eux …
_Tu joues ce soir ?! »
Là, j’ai pas vraiment à feindre la surprise, j’le suis carrément ! Voilà que les choses deviennent intéressantes en fait … Et mince, on y est !
« _C’est ici …
_Déjà ?!
_Oui, je sais qu’avec moi le temps passe très vite … Alors, tu m’offres quoi ?!
_euh …
_J’ai trouvé ! » J’lui pique son bonnet sans lui laisser le temps de réagir.
« Bah oui, j’ai froid moi … Et bien, bonne répet avec les Dig Up monsieur Doré … Et à bientôt …»
Il n’a pas eu le temps de réagir que j’ai déjà tourné le dos …
J’ouvre ma page internet … « Les sauterelles …. J’ai un truc à vous raconter ! Mais il faut que je me prépare en même temps, j’suis invitée au concert d’Herman Dune ce soir … »
J’ai pas vraiment eu le temps de tout raconter c’est vrai. Mais j’aurais bien le temps après ! En gros j’ai eu le temps de leur dire que bibi était sur Lille aujourd’hui même, et ce que ce soir bibi il jouait en première partie d’Herman Düne… Genre ça a déclenché l’hystérie … non mais c’est pas un forum de dévergondés non plus hein !
J’ai mis un peu de rouge sur mes lèvres et juste un peu de mascara. Faudrait pas que le concert me donne des yeux de panda non plus ! J’ai gardé mon jean mais j’ai mis un t shirt qui avait un peu plus de forme quand même … Parce que je crois sincèrement qu’il n’y a qu’au bibi d’ailleurs que ça va bien les choses informes … J’aime bien le splendid. Au-delà du fait que la salle soit quand même vachement bien il y a aussi ce truc qui fait qu’on voit les loges du dehors … Que les loges ont une fenêtre qui donne sur le devant et que souvent les artistes aiment bien jeter un coup d’œil voir ce qui se passe dehors … J’me souviens de l’acclamation qu’avait eu NadaSurf une fois qu’on avait du quitter la salle, ou encore des Fatals Picards qui étaient descendus de leur loge juste pour faire plaisir à ma soeurette qui leur faisait ses ptits yeux … Bref ! J’ai gardé son bonnet aussi accessoirement … Et j’dois bien avouer qu’il ressemble vraiment au torchon avec lequel j’ai essuyé la vaisselle juste avant de venir ! Non mais c’est vrai quoi, il est vraiment moche ce truc ! Même le sdf à côté de moi dans le métro l’a regardé d’un mauvais œil tout à l’heure ! J’reste un peu éloignée de l’entrée. J’attends de loin et je scrute la fenêtre … Moi, groupie ??! Jamais !!! Bon, j’avoue que j’ai un peu le cœur qui tressaille quand je vois cette touffe blonde passer furtivement devant la fenêtre mais bon, on va faire comme si de rien n’était hein ! Hop, je rentre, je me faufile juste devant la scène. C’est là où j’aime faire genre j’suis connue quand le type de la sécu me reconnaît, faut dire que je le vois souvent à tous les concerts que je peux faire. Il peut pas s’empêcher d’éclater de rire en voyant ce truc informe sur ma tête. Tiens, y’a Tiste qui vient d’entrer sur scène. Il règle un truc à la batterie apparemment. Il jette un coup d’œil au public aussi, il a l’air stressé. Et il s’arrête rapidement sur le bonnet. Pour repartir aussi vite en coulisse.
L’avantage avec le splendid, c’est que celui qui est sur scène voit assez bien les premiers rangs puisque de toute façon y’a pas de barrières de sécurité. Et moi, j’étais juste dans la ligne de mire du bibi. Genre j’ai fait exprès quoi … Mais faut bien avouer que dans l’ensemble il n’avait pas la tête au public … C’était juste tellement … Bon, j’ai perdu mes mots, et heureusement finalement qu’il n’a rien vu du public parce que là, j’aurais pas pu faire genre … Mais il a rouvert les yeux une fois le show terminé, il a ouvert les yeux a prononcé l’indémodable « Merci ! C’était les Dig up elvis ! », et a baissé les yeux vers moi juste avant de se retourner. Rien. Pas une expression. Et pourtant, il a reconnu son bonnet, j’en suis sure. Comme si ça courrait les rues ce genre de bonnet ignoble …
Les lumières s’éteignent.
Je sens une main me tirer vers le fond de la salle. Je ne connais pas cette main, mais je la devinerais entre mille. Elle est à la fois douce et pourtant le bout de ses doigts est rugueux. Elle est à la fois sure de son geste mais tellement moite. Il me fait marcher sur les pieds des gens sans une once d’hésitation, il sait où il m’emmène. Et moi, j’le suis. Il me fait passer cette petite porte, me fait monter les escaliers. Alors c’est de là qu’on voit le public trépignant d’impatience dehors … Il ferme la porte rapidement, et je me détache de lui. Je le regarde en levant un sourcil. Il m’imite. Je tourne autour de lui. Et je chuchote.
« _Ca ferait pas un peu cliché ça, coucher avec une fille dans les loges ?!
_ J’aime tout ce qui est kitsch tu sais …
_Oui, j’ai cru remarquer ça avec ton bonnet…
_C’est toi qui a voulu me le piquer ..
_Fallait bien que tu puisses me reconnaître dans la foule non ?
_Effectivement… »
Il s’approche de moi … Et je m’éloigne. J’aime jouer. Et je n’ai pas l’intention de me laisser faire si facilement. Qu’importe l’effort surhumain que je dois accomplir. Il reste interloqué. Je lui souris. Je lui fais ces yeux malicieux qui font craquer pas mal de mecs. Et lui, il n’échappe pas à la règle. J’ai envie de jouer encore un peu …
« _Pas si vite Dom Juan …
_Tu ne veux donc pas voir Herman Dune en concert ?
_Je me disais bien qu’un type aussi sexy que toi ne pouvais pas être performant en fait … Parce que quand même, prétendre me faire prendre mon pied en 10minutes top chrono … »
J’avance vers la porte. Je n’ai pas eu le temps de saisir la poignée qu’il est déjà derrière moi. Il m’enlace et pose sa main bas sur mon ventre. Son autre main vient se placer au dessus moi et s’appuie sur la porte. Mel, respire lentement, tu gardes le contrôle… Il mordille mon oreille de ses lèvres douces et chaudes. Garde le contrôle … Son souffle me fait tourner la tête. Je frôle l’arrêt cardiaque avec ses murmures …
« _On parie ?
_Et quoi donc ?
_Disons … mon bonnet ? »
Je lui fais face à nouveau maintenant. Il a l’air sur de lui. Provocant. Et tellement sexy. Je fais mine de réfléchir. Comme si j’avais besoin de réfléchir voyons !
« _Mouais .. j’ai vraiment rien à y gagner en fait …
_tu crois ?
_Disons que je suis sure de gagner, et ton bonnet est vraiment moche …
_tu crois ? »
Il s’approche encore un peu plus de moi. Je sens le désir monter en lui. Et son souffle s’accélérer. Ses lèvres parcourent mon cou. Et je ne peux m’empêcher de lever la tête pour lui offrir un plus grand espace de jeu.
«T’es sure que tu ne veux toujours pas parier ? »
Sa voix a le ton du défi. Je plante mes yeux dans les siens et me libère de son étreinte. Ferme les rideaux. Et laisse tomber ma veste sur le sol. Lui ne s’est pas démonté. Il m’attend toujours au même endroit. Il me fait face et me regarde. M’observe. Je me rapproche. Joue avec mes cheveux. Et plante mon regard dans le sien. Sans ciller. Ses mains se posent sur moi. Il joue. Je les lui retire et les plaque au mur. C’est à mon tour de jouer. D’une main je lui déboutonne les quelques boutons de sa tunique noire si échancrée, et si peu boutonnée. Ma main froide effleure son bas ventre. Il frissonne. Ses lèvres s’approchent des miennes. Je recule.
«_En fait, non, je ne suis toujours pas sure de vouloir parier avec toi …
_Tu sais que le concert a déjà commencé de toute façon ?
_Et ? »
Pour toute réponse il me fait tomber sur le fauteuil derrière moi. Entre ses genoux, je le laisse jouer avec mes cheveux. J’ai beau le regarder le plus impassiblement possible, je ne contrôle pas mes frissons. Son sourire est une provocation de plus. Approche ses lèvres. Et se relève.
Pour toute réponse il me fait tomber sur le fauteuil derrière moi. Entre ses genoux, je le laisse jouer avec mes cheveux. J’ai beau le regarder le plus impassiblement possible, je ne contrôle pas mes frissons. Son sourire est une provocation de plus. Approche ses lèvres. Et se relève.
« _Mouais, finalement t’as raison … Tu ne dois pas être si exceptionnelle que ça en fait !
_On parie ? »
Il sourit. Il est fourbe. Je me relève et lui attrape la nuque. Je laisse glisser mes mains lentement jusqu’à atteindre sa ceinture. Des frissons. Pour lui, comme pour moi. Ses mains passent sous mon T shirt. Je le pousse vers le canapé. A son tour de se retrouver entre mes genoux. Sa ceinture tombe sur le sol. Tout comme mon T-shirt. J’embrasse sa peau nue. Sa peau frissonnante, encore moite à cause du concert, son cœur qui bat un peu plus vite que la normale, l’encre noire de ses tatouages qui jure tant avec la blancheur de sa peau. Ses doigts agiles déboutonnent mon pantalon sans que son autre main ne cesse de caresser chaque parcelle de mon corps, sans que sa langue ne cesse de me titiller. Ma bouche remonte lentement, très lentement. Je mordille son oreille. Joue avec son lobe. Ses caresses deviennent plus brusques, impatientes, elles descendent, les rôles s’échangent à nouveau, il reprend le dessus tout en faisant glisser mon jean. Mes jambes l’agrippent et le voilà complètement allongé sur moi. Ma bouche cherche la sienne et ne tarde pas à la trouver. Ses lèvres s’entrouvrent et laissent sa langue glisser sur la mienne. Il nous relève pour mieux ôter le peu qu’il me reste de vêtements. Pour mieux faire tomber tous les obstacles textiles entre lui et moi.
« _Le pari tient toujours j’espère … j’aimerais vraiment récupérer mon bonnet …
_Il est loin d’être gagné encore tu sais …
_Je suis en bonne voie je crois pourtant …
_Parle moins et agis plus Dom Juan …
_A vos ordres mademoiselle… »
Ses gestes se font encore plus bestiaux, plus provocants, son désir s’exprime encore plus fort, et ses baisers se font plus intenses, plus brûlants encore. Son désir se mêle au mien, il va et vient toujours aussi brûlant, toujours aussi fort. Sa respiration se fait saccadée et se colle au rythme de la mienne. Son souffle brûlant qu’il envoie dans ma nuque me fait frissonner et augmente encore un peu plus mon rythme cardiaque. Ses soupirs déclenchent les miens tandis que ses mains cherchent les miennes, que son regard vient se planter dans le mien. Le va et vient frénétique finit par se calmer petit à petit pour s’arrêter délicatement tandis que nos sueurs se mélangent et que ses lèvres tremblantes cherchent les miennes. Nos respirations se calment et nos rythmes cardiaques retrouve leur rythme normal. Sa main serre la mienne encore un peu plus. Puis il se laisse tomber sur le côté. Perd son équilibre et finit à terre dans un grand boum qui n’a rien de très élégant. Je le regarde en éclatant de rire et en me rhabillant lentement. Puis je me repose sur lui resté allongé.
« _On se relève monsieur doré .. Qui sait, peut être qu’on n’a pas tout loupé du concert !
_Là, je crois que c’est fini hein ! T’as payé ta place pour rien …
_Ou pas… »
Je me redresse et finit de me rhabiller. Il se redresse et s’adosse au fauteuil tout en me regardant remettre les vêtements qu’il m’avait enlevés un peu plus tôt.
«_Tu sais, garde le bonnet …
_Je croyais qu’on avait fait un pari toi et moi ? Et qui te dit que tu l’s gagné ?
_Je ne veux pas le savoir tu sais … Juste, garde le. En plus t’as raison, il est drôlement moche !
_Ah bah ouais, c’est pour ça que tu me l’abandonnes hein !
_Bah évidemment ! Pour quelles autres raisons voyons ??! »
Je le quitte dans un fou rire. Dehors, la nuit n’est pas froide, mais je m’enfonce quand même le bonnet jusqu’aux yeux tout en respirant l’odeur qu’il a laissé sur moi …
02 novembre 2007
La baroudeuse
Y’a trop de choses qui ont changé aujourd’hui, mais va t’en leur expliquer ça. J’imagine assez bien la scène d’ailleurs : « euh j’vous ai pas tout dit en fait, j’suis certes partie pendant cinq ans, sans prévenir personne, ni même vous donner signe de vie, j’reviens quelques mois mais pas plus, j’ai juste envie de repartir alors que ça ne fait qu’une heure que j’ai posé le pied à Paris.. D’ailleurs, j’vais repartir. C’est beau Sao Paulo vous savez. Et c’est Sao Paulo, vous pouvez comprendre non ?! Depuis que j’ai 16 ans j’vous dis que j’irai là bas alors aujourd’hui … et puis, y’a rien qui me rattache vraiment ici vous savez… » Ouais j’suis sûre que ça va passer … Ils vont être ravis d’apprendre ça. Enfin, ptêt pas la dernière phrase… Non, la dernière phrase, mieux vaux que je la garde pour moi. Elle risquerait d’être encore une fois tournicotée dans tous les sens pour essayer de lui en trouver un de sens. Quoique.. Ça leur ferait une occupation pendant mon absence.. Ma soeurette, elle sera sans doute la seule à comprendre… A savoir pourquoi je le fais. De toute façon, il est trop tard. Tout est prévu. Au pire, j’fais comme la première fois, je ne leur dis rien. Ils découvriront ça par hasard, et ils recevront le fameux mail quelques jours plus tard … Ceux qui m’aiment comprendront.. Du moins, accepteront … C’est vraiment pas gagné.
Oups ! J’me suis encore laissée avoir par ces maux, et j’ai dépassé l’appart … Faut dire que ça aussi ça a changé depuis la dernière fois … L’immeuble a été rénové apparemment… Mouais, j’sais pas ce qu’il y a de mieux maintenant. L’arrière-cour est toujours aussi miteuse, les chats aussi criards, les parois aussi fines, et c’est toujours ce parquet qui fait claquer les chaussures, impossible d’être discret, et puis, j’ai tendance à me prendre les pieds un peu partout.. Mais bon, j’adore les hauts plafonds. Oui, les hauts plafonds me perdront.. Et puis Léa habite encore là aussi... J’ai jamais aimé vivre seule, et il reste certaines de mes photos dans l’appart alors, j’me réinstalle, comme avant. C’est une jolie utopie ça, comme avant. Plus rien n’est comme avant. Faudrait d’ailleurs que je pense à revoir Stan. Il râlera, beaucoup, m’ignorera, me reconnaîtra-t-il seulement ?! J’ai pas mal changé quand même en cinq ans … 60 mois, 260 semaines, 1825 jours, 43800 heures … tu m’étonnes que j’ai changé après tout ce temps ! On ne dirait pas comme ça, mais mince, ça court cette connerie ! Et puis, qu’est-ce que le temps d’abord ?! Chut ! On a dit qu’on arrêtait les questions métaphysiques ! Tiens il y a du bruit dans l’appart ! Moi qui croyait pouvoir défaire mes bagages tranquillement. Raté ! « Bonsoiiir ! » Hop mon petit sourire, comme si de rien n’était, ça passe ou ça casse.
Finalement, c’est passé. Après avoir cassé une flûte de champagne à cause de la surprise (de toute façon, on ne les a jamais aimées ces flûtes, mais cadeau de crémaillère oblige..), brisé le tympan de son voisin de gauche (Bof, de toute façon, j’suis sûre que ça se répare très bien un tympan..), Léa a fini par me sauter dans les bras. Mince. J’aurais jamais pensé que ça me ferait cet effet-là. C’est un peu comme découvrir pour la première fois le paysage irlandais. Ça laisse un choc. C’est à mon tour de demeurer muette comme une carpe. (Tiens, un poisson-chat !)
Et m’voilà là, au beau milieu d’un salon jonché de gens que je ne connais pas, que je n’ai jamais vus, avec une Léa qui a dû mettre avance rapide sur sa bouche pour rattraper cinq années de silence, une Léa qui n’comprend pas trop ce que je fais là ..
M’voilà là, avec mon sac de routarde, les cheveux en pagaille, les traits tirés après 15 heures d’avion, n’aspirant qu’à une chose : une douche. Mais la seule douche que je reçois ce sont des mots qui pleuvent. J’ai même du mal à reconnaître certains mots, les cinq années sans parler un mot de français se ressentent tout à coup, j’n’ai plus qu’une envie, prendre le premier avion pour une destination inconnue.
Et c’est là que je croise son regard. Il est posé dans le canapé en cuir marron (enfin quelque chose qui n’a pas changé … Il doit même rester des trous de boulette là où il est assis) dans le coin le plus éloigné, et comme le reste de l’assemblée, il nous regarde, sceptique.
Il a sans doute autant de cernes que moi, mais autant mes yeux sont noirs, autant les siens sont bleus. Et tout de suite, sur lui, les cernes, ça rend effroyablement sexy.
Le temps de poser mes bagages dans la chambre du fond qui est demeurée intacte depuis mon départ, et je file prendre une douche. Les odeurs de mûre et de musc s’emmêlent et m’étourdissent. Incapable de bouger, je reste là, sous cette eau bouillante essayant de m’échapper au rêve, ou au contraire de me soustraire à la réalité.. J’sais pas vraiment. J’finis quand même par attraper une serviette, et fais mine de revenir à la vie réelle. J’enfile quelques fringues prises au hasard dans mon sac, et j’essaie d’atteindre la porte sans me faire pister. Maudit parquet !
« _bah tu vas où ?!
_euh prendre l’air … tu comprends après 15 heures d’avion j’me sens un peu enfermée.. (Oui c’est bien, ça, ça passe ! C’est que je m’améliore dans la diplomatie !)
_Ah… j’comprends. Et tu vas aller de quel côté ?!
_J’sais pas.. J’vais ptêt aller voir Paul. Aux dernières nouvelles, il vit sur Paris … Et ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu …
_Sans blague ? A peu prés 5 ans non ?
_Plus ou moins ouais, allez arrête de bougonner ! Demain on passera la journée ensemble si t’es libre d’accord ?! »
C’est passé. Et finalement, ça fait du bien d’être de retour. J’ai passé la soirée à boire, à fumer, et à rire … A rire surtout. De tout, de rien. Essentiellement de rien. De nos souvenirs, tout relatifs soient-ils, de nos têtes, toutes fatiguées soient-elles, et de nous, tout égocentriques sommes-nous.
Il fait jour quand je sors de son appartement. Sur la pointe des pieds évidemment puisque encore une fois, il n’aura pas réussi à regarder Closer en entier et s’est endormi après la rencontre dans l’aquarium. Pourtant il est somptueux ce film … Et puis Jude Law … Hum Jude Law … Aouch ! Décidément, la rêverie est dangereuse pour la santé. Les effluves de rhum rencontrent celles de bière, et sans comprendre pourquoi ni comment, nous provoque un fou rire. Lui non plus ne doit pas avoir les idées claires. Je finis quand même par observer plus attentivement celui dans lequel j’ai buté en pensant à ce fameux Jude Law … Stop la rêverie on a dit !! Des converses blanches trouées (tiens on a les mêmes !), un pantalon sans doute un peu trop grand pour lui, et un t-shirt à col V dont j’ai du mal à distinguer la couleur … Et puis mes yeux s’arrêtent sur les siens. Nos cernes se ressemblent. Je les ai déjà vues … Ah mais oui j’y suis ! Il était dans mon canapé il y a quelques heures à peine ! Oui, sans nul doute aucun, il est troublant. Et je remarque à son sourcil levé que lui aussi a du me reconnaître.
« - On s’est croisés tout à l’heure ! Je suis la coloc de Léa ..
- Oui oui je sais … C’est qu’elle nous a dit bien des choses sur toi ..
- Ah ?! (Léa tu vivras dans d’horribles souffrances, crois-moi !) Euh … Léa a tendance à beaucoup parler … Et elle dit souvent des bêtises !
- Ah bon ? Bah sur ce coup, elle n’a pas l’air d’en avoir dit beaucoup … »
Et son fou rire reprend. Et avant que je ne puisse réagir, il a déjà tourné les talons et repart titubant légèrement … Après avoir passé tant bien que mal les six portes verrouillées qui me séparent de la porte de ma chambre, je m’écroule dans mon lit sans plus de questions. Sauf que le sommeil ne vient pas, et que ça fait 48 heures que je n’ai pas fermé l’œil. Et après 49 heures d’insomnie, j’entends les doux accords de Babx qui résonnent dans le salon… Léa est là, déjà réveillée, qui a décidé de se mettre aux fourneaux.
« - Je ne t’ai pas réveillée au moins ?!
- Pour se réveiller il faut réussir à dormir alors … tu peux continuer à chantonner en toute tranquillité..
- Prends des somnifères ! Ta soirée s’est bien passée ?!
- Fais toi opérer ! C’était génial … Paul est cette constante inconstante qui a le don de te ramener les pieds sur terre en te faisant croire que tout est merveilleux … En fait, je ne suis toujours pas dans mon état normal.
- T’as déjà été dans un état normal ?!
- C’est une époque lointaine, quand je ne te connaissais pas encore. Au fait ! Qui est ce type qui était posé dans le canapé hier ?!
- Lequel ?!
- Eh t’emballe pas miss ! C’est juste que je l’ai croisé ce matin en rentrant à l’appart, et qu’il en sait, selon toute vraisemblance, plus sur moi que je n’en sais sur lui. Et j’n’aime pas trop ça. Un type aux yeux bleus tout cernés…
- T’as toujours eu le sens du détail pour tes descriptions, c’est fou.
- Léa … tu sais très bien de qui je parle !
- Ah bon ?! Désolée, mais je dois y aller…
- Fourbe, gueuse !! »
Et de la même façon qu’elle m’a appris la vie en communauté, j’lui ai appris à dire non. Et quand elle veut être têtue, elle sait l’être. Résultat, ça fait une semaine que j’essaie de lui tirer les vers du nez. En vain. Mais bon, j’ai fini par trouver un petit boulot de serveuse dans un bar plutôt sympa. Et mes insomnies me sont profitables de ce fait. Je n’ai pas à chercher le sommeil toute la nuit, et je continue de profiter de mes journées. Et puis, je connais bien le patron, on était à la fac ensemble.
« - ce n’est pas tant que je n’aime pas t’avoir ici ma belle … Mais quand même, c’est pas ce pourquoi tu es destinée … et tu le sais !
- et à quoi suis-je supposée être destinée dis moi ?!
- à écrire … T’es journaliste !
-Yaa … mais avec un diplôme irlandais … Tu vois, je joue pas vraiment dans la cour des grands. Et puis, j’m’en moque tu sais … Je ne resterai pas ici éternellement. Tu l’sais bien.
- t’as des excuses en mousse, tu le sais ça ?!
- Excusez-moi mademoiselle … »
Je prépare le sourire de circonstance, tourne la tête et me prépare à retenir la commande. Au lieu de ça, je tourne la tête, et les mots décident de faire momentanément grève. La raison ? Euh … eux aussi ont sans doute envie de contempler les yeux qui se trouvent face à moi … Décidément, ils sont plus intenses à chaque fois. Et ils sont sans doute aussi surpris que les miens. Avec tous les bars que l’on peut trouver dans Paris, il faut bien sur qu’on se retrouve dans le même. Le monde a toujours été trop petit. Mais c’est l’occasion ou jamais d’en savoir un peu plus. De rétablir l’équilibre. J’suis sûre que le monde s’en portera bien mieux après.
« - J’pourrais ptet avoir une bière ?
- Il paraît effectivement que c’est le bon endroit … Mais ma maman m’a toujours interdit de parler aux inconnus … »
Il éclate de rire, mais je sais garder ma petite mine innocente et je sais que mes petits yeux marchent toujours.
« - Ah … il ne faut jamais désobéir à sa maman … Sauf que j’ai toujours moins de mal à parler de moi après quelques bières.
- On est donc dans une sacrée impasse dîtes moi …
- J’ai une idée dans ce cas. Vous finissez votre service à quelle heure ?!
- Une fois le dernier client parti.
- Ah c’est bien, vous êtes précise.
- J’ai toujours été très ponctuelle.
- Très bien. Alors, je propose que le dernier client ce soit moi. En attendant, pour que vous ne mettiez pas votre intégrité en cause, je vais aller passer commande au garçon de l’autre côté. Et puis une fois l’avant dernier client parti, j’aurai sans doute bu assez de bières pour pouvoir parler de moi aisément. A partir de là, vous pourrez tout savoir de moi.
- ça marche ! »
Et il s’exécute. Je ne le vois pas de la soirée, mais pourtant je sens son regard posé sur moi. Et ce n’est pas si désagréable. Puis l’avant dernier client finit par atteindre la porte. Je croise les fameux yeux bleus, et je file attraper ma veste. La nuit est belle. Et lui, s’appelle Julien.
Je ne sais où on va, mais peu importe la destination, c’est le voyage qui importe. Du moins à cet instant précis, c’est ce qui m’importe à moi. Et à ses pas traînants et désinvoltes, j’ose supposer qu’il en pense la même chose ..
« - alors ? Que veux tu savoir ?
- tu pourrais commencer par me dire ce que tu sais de moi ?
- Hum … non je ne crois pas … Léa me tuerait si je vendais la mèche …
- je pourrais tout aussi bien te tuer de ne pas la vendre ..
- certes … mais ça n’entrait pas dans les termes du contrat.
- Tu es fourbe.
- Je préfère le terme de gueux si ça ne te dérange pas.
- Seulement si tu es sage.
- comme une image !
- et ton image à toi, elle vient d’où ?
- d’un peu partout je suppose … un peu comme la tienne… les gens font ce qu’ils veulent de mon apparence, de ce que je laisse apparaître …
- et ce soir, quelle apparence me laisseras-tu percevoir ?
- tout dépend, laquelle veux-tu ?! je sais aussi bien jouer le rockeur à la voix rauque que l’artiste maudit et incompris ?!
- certes, mais Rimbaud est déjà passé par là, et je n’ai pas trop envie de te découvrir en Roch Voisine. Finalement … ne me dis pas qui tu es … ce serait trop facile…
- et toi, tu n’aimes pas la facilité.
- On peut dire ça oui.
- Que fuyais-tu ?
- Qui te dit que je fuyais ?
- Tu es partie.
- Ou alors j’ai rejoins autre chose. Tout dépend de où on se place ..
- Tu es libre …
- J’ai payé le prix de cette liberté…et toi, jusqu’où es tu libre ?!
- Je suis encore libre de choisir quelle chemise je mettrai pour ma séance photo. De décider si je veux collaborer ou non avec Michel Sardou. Ma liberté est toute relative. Parait que ce n’est qu’une étape avant le grand saut.
- Avant de sauter où ?
- Dans un bassin plein de requins …
- A toi d’y trouver les poissons chats je suppose …
- Léa ne t’a vraiment rien dit ?
- Non elle devient étrangement muette à chacune de mes questions … J’vais finir par lui faire consulter un orthophoniste.
- ou un marabout.
- ou le chat botté.
- Trop capricieux.
- Il est sans doute artiste.
- Tous les artistes sont capricieux ?!
- Comment pourraient-ils être artistes sinon ?!
- Suis-je capricieux ?
- Bien sûr.
- Je suis outré.
- En voilà la preuve.
- Tout ça n’a ni queue ni tête.
- C’est dadaïste.
- tu connais dada ?
- et je connais même celui qui est inscrit sur ta clavicule. Finalement, Léa ne t’a pas tout dit ..
- Elle a du se garder le plus intéressant.
- Sans nul doute … J’ai changé d’avis, je veux savoir.
- Faudrait savoir.
- Souvent femme varie…
- J’m’appelle Julien Doré, j’ai 25 ans et j’dois être gravement atteint …
- De folie ? De pudeur ? De maladresse ?
- Sans doute de tout ça à la fois oui …
- Suis-moi. »
Il est 5h47 du matin et je décide de lui montrer un de mes secrets. Il ne dit rien. Il me suit. Finalement, la destination importe autant que le voyage.
Il ne demande pas d’explications. Il me suit. Les rues s’éveillent lentement. Les premiers courageux se mettent en route pour aller travailler, ou pour aller en cours. J’ai cette impression de déjà-vu. Toutes ces sensations qui refont surface, qui submerge sans prévenir, ces lendemains de soirées, ces lendemains d’éternité où tu rentres quand tout autour de toi sort. Où tu t’endors quand le reste s’éveille. Où tu fais attention aux mots employés. Où les lapsus ressortent toujours. « Bonjour madame ! Un rhum au chocolat s’il vous plait ! … Euh un petit pain au chocolat quoi ! » Les gens te dévisagent. Dans le bus, sous les lampadaires, partout. Il y en a eu tellement. Tellement de soirées où tu crois en l’éternité. Tellement de moments où tu penses que rien ne changera jamais. Et puis, tellement de soirées où on travaillait le lendemain.
J’éclate de rire en y repensant. Tellement de choses me sautent à la figure. C’est ça le souci quand tu laisses tout, quand t’abandonnes tout au même endroit. Quand tu reviens, tout te retombe dessus. Un peu comme un chien que tu laisses quelques jours et qui ne te lâche plus une fois rentrée. Et quand je relève la tête, ce ne sont pas tant les passants qui me dévisagent, mais c’est plutôt Julien.
« - C’est bon pour la santé de rire.
- Il parait. Mais je ne suis pas sûre qu’éclater de rire sans raison soit signe d’une bonne santé mentale …
- Mais je suis une fille totalement normale et très timide moi monsieur …
- Toute normalité est relative.
- Tout est toujours relatif…
- La censure est tout relative..
- Le politiquement correct,
- La morale quoi …
- Je ne vois pas de quoi tu parles … je suis un garçon très moral, je suis un garçon parfait tu sais …
- Ah ?! Ca doit être pour ça que tu ne m’intéresses pas alors …
- Sans doute … »
Il est là. Il me sourit. Avec son air goguenard, sûr de lui. Mais surtout avec ses yeux. Son regard électrisant, désarmant. Il est joueur. Ça tombe bien, je n’ai toujours fait que jouer.
On avance. Ses pas ne sont pas toujours sûrs. Il tangue un peu. Comme un canoë en plein océan, il se laisse porter. Il semble un peu perdu.
On avance. J’avance sur le bord du trottoir. Il me suit. Tels des équilibristes. Toujours entre deux mondes.
« - Figure toi un danseur de corde, en brodequins d’argent, le balancier au poing, suspendu entre le ciel et la terre, à droite et à gauche, de vieilles petites figures racornies, de maigres et pâles fantômes, des créanciers agiles, des parents et des courtisanes, toute une légion de monstres se suspendent à mon manteau et le tiraillent de tous côtés pour lui faire perdre l’équilibre ; des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui ; une nuée de prédiction sinistres l’aveugle de ses ailes noires. Il continue sa course légère de l’orient à l’occident. S’il regarde en bas, la tête lui tourne ; s’il regarde en haut, le pied lui manque. Il va plus vite que le vent, et toutes les mains tendues autour de lui ne lui feront pas renverser une goutte de la coupe joyeuse qu’il porte à la sienne.
- Voilà ma vie, mon cher ami ; c’est ma fidèle image que tu vois. * »
* monologue d'Octave dans Les caprices de Marianne de Musset (acte I, scène 1 ou 2 il me semble ...)
Il a baissé son bonnet encore un peu plus bas sur ses yeux. Sans doute de peur que j’y voie trop de choses. Plus encore que ce que j’ai déjà vu, que ce j’ai déjà compris. Tel Octave, il ne demande qu’à profiter.
J’arrête d’avancer.
« On est arrivés petit homme… »
Les mots restent en suspension dans ce paysage au silence opaque, impénétrable. Tu peux hurler aussi fort que ton souffle te le permet, aussi longtemps que ton désespoir, ta rage le nécessitent, tu ne réussiras jamais à briser l’opacité de ce silence. Aucun écho. Rien. Le néant. Le vide. L’infini. Une plaine. Rien d’autre qu’une étendue de verdure face à lui. Face à nous. Rien pour tricher. Rien pour mentir. Aucun moyen de détourner la conversation sur le paysage environnant puisqu’ici, il n’y a rien. Il règne ici une de ces ambiances incompréhensibles, qui prennent aux tripes, qui font mal, se sentir seul au monde. Seul face à soi. Pour se souvenir des priorités. Pour se souvenir de ce que l’on veut vraiment. De ce qu’on est prêt à sacrifier pour.
Mon funambule est resté muet. Il a relevé un peu son bonnet, et ses yeux en disent plus que tous les mots de la terre. Les mots sont traîtres. Ses traits se décontractent. Personne pour le juger. Il continue d’avancer. Plus lentement. Il pèse chacun de ses pas sur l’herbe. Chacun de ses pas. Il s’approche. Il se rapproche chaque fois un peu plus de lui. Je l’observe. Je ne le suis pas. Je me contente de le regarder de loin. Cet endroit, je le connais par cœur. Et pourtant tout y est à chaque fois différent. Il est le premier à qui je confie ce secret. Mes plus vieux amis n’en savent rien. Ils n’en ont pas besoin. Ils savent où ils sont. Ils ne se sont jamais perdus. Jamais eu besoin de sacrifier une part d’eux pour leur rêve.
Ses cernes ne sont pas anodines. Elles ressemblent aux miennes. Il a les traits tirés. Lui non plus ne dort pas. Il n’a cessé d’avancer. Il est au plus prés de lui. Il ne fera plus marche arrière. Il est trop tard. Je devine le cœur qui se serre les mains qui tremblent les jambes qui flageolent qui peinent à le tenir mais qui continuent d’avancer sans qu’il ne commande rien. Les jambes qui continuent d’avancer parce qu’elles savent qu’elles doivent y aller. Je devine ses pensées qui se bousculent ses dernières semaines qui lui reviennent aussi violentes que des coups de fouets. Il se retrouve face à lui. Sans possibilité de se mentir, de rejeter la faute sur un autre, de se cacher sous de belles paroles, sous de beaux aphorismes. Il ne se cache plus. Je devine ses fantômes qui reviennent aussi. Ses doutes qui sont encore plus présents que d’habitude. Je devine sa douleur. Stop. Il est arrivé. Ses jambes ne tiennent plus elles se dérobent sous lui. Il tombe. Avec lui toutes ses certitudes. Il est perdu au milieu de nulle part. Il est enfin au plus prés de son âme. Il ne se ment plus. Il est là, à vif.
Je détourne les yeux. Son âme lui appartient. Mes jambes ont pris le contrôle. A l’opposé des pas de Julien, l’empreinte de mes pieds se forme dans l’herbe. Je foule ces territoires vierges, encore une fois. Chaque pas se fait plus lourd. J’ai toujours préféré mentir. Alors me retrouver là face à la vérité, ça me chamboule. J’ai fait bien des erreurs. Abandonné bien des fantômes. Mon ombre est lourde. Trop lourde. Lourde de chacune de mes erreurs, de chacune de mes décisions, de chacune des personnes abandonnées sur la route. Je suis libre paraît-il. Libre. Ce mot résonne en moi, il se cogne contre chaque paroi de mon cerveau. Comme la bille d’un flipper, le joueur essaie de la faire résonner autant de fois, autant de temps que possible. Libre. Libre de toute attache, de tout engagement, de toute promesse. Les gens n’attendent plus rien de moi. Ils me savent inconstante, instable. Ils ne peuvent se fier à moi. J’ai toujours été à part. Malgré nos fous rires, malgré nos beuveries, malgré notre complicité, malgré notre amitié, ils ne m’ont jamais vraiment comprise. Mais ils m’ont accepté, malgré tout ça. A double sens. Et rien que pour ça, ils savent que l’amour que j’ai pour eux est inconditionnel. Qu’importe les milliers de kilomètres que je mets entre nous à chaque fois. Libre. Ce mot me fait chaque fois un peu plus mal. J’ai le rythme cardiaque un peu trop rapide, les lèvres un peu trop humides et salées, mes cils se font chaque fois un peu plus lourds, ils doivent se faire violence pour supporter les gouttes salées qui s’imposent à eux. Libre. J’aurais jamais cru que ça pouvait être aussi horrible d’être libre. D’être fatalement libre. Sans attaches. Personne ne m’attend nul part. Je sais bien que c’est de ma faute tout ça. Que c’est moi qui suis toujours partie quand je commençais à m’attacher. Que c’est moi qui partirais encore une fois sans prendre le courage de m’attacher. Tout ça parce que je voulais être libre. Elle est bien belle ma liberté aujourd’hui. Libre. Les yeux me brûlent, ma tête hurle, mais moi je reste muette.
Mes jambes avancent parce qu’elles n’ont toujours su faire que ça. Avancer. Toujours plus loin, toujours plus vite. Elles me portent comme elles l’ont toujours fait. Parce que malgré toutes les situations auxquelles je les ai confrontées, elles ont toujours su me supporter pour m’emmener chaque fois un peu plus loin. Mon ombre est encore plus opaque qu’à l’arrivée. Elle est lourde. Trop lourde pour moi. Alors, je lâche prise. Je reprends le contrôle de mes jambes et les empêche de fuir. Je tombe. Comme une masse. Comme 60 kilos de chair humaine que plus rien ne retient. Je ne suis plus qu’une masse au milieu de rien. J’ai lâché prise. Je m’abandonne. Comme il y a 5 ans. Et je me prends une, deux, trois, quatre, une infinité de claques dans la figure. Autant de souvenirs refoulés. Autant de sentiments cachés. Tout. Tout revient. Je ferme les yeux. Mes cernes me brûlent. Me pèsent. Trop de nuits blanches s’enchaînent. Trop de doutes, trop de questions. J’aurais besoin de savoir. De savoir si je me suis vraiment perdue. Trop de nuits à fixer le plafond à en avoir la tête qui tourne. Trop plein de tout. Je déborde. Les mots ne veulent plus sortir. Les pages restent là. Blanches. A me narguer. Alors je déborde. Mais à l’intérieur. En médecine, on appellerait ça une hémorragie interne. Ouais ça doit être ça. Hémorragie interne de sentiments.
Je sursaute. Un frisson me parcourt. J’en ai encore les poils hérissés. J’ouvre les yeux. Il fait encore un peu plus jour. Je regarde l’heure. 10h31. On s’est endormis. Je n’ai pas envie de me relever, pas envie de revenir à la réalité. Je suis encore moins sereine qu’il y a quelques heures. Encore moins sûre de moi. Je n’ai qu’une envie. Fuir.
Pourtant, je ne le fais pas. Je lève la tête et je l’aperçois. Il s’est recroquevillé sur lui-même, tel un chat sauvage. Sa tête entre ses bras, ses genoux contre son torse. Ses yeux sont toujours clos. Et je ne peux m’empêcher de sourire. Un de mes premiers sourires sincères et sans aucune influence chimique depuis bien longtemps. Mince. Il m’a touché ce sale gosse. Je croyais qu’il me glisserait dessus sans influence comme les autres. Mais il m’a eu. Et je ne sais plus où se situe le jeu, et où se situe la sincérité dans tout ça. Alors je m’assois à côté de lui et je joue avec ses cheveux. Du moins, les quelques mèches que son bonnet laisse libres. J’effleure sa joue. Il frissonne. Mais reste endormi. Puis je remonte un peu. Ses cernes. Celles qui me touchent. Qui me rappellent les miennes. Elles sont bleues, creusées. Un océan pourrait s’y baigner qu’il y resterait de la place. Elles ne sont pas dues à la fatigue. Du moins, pas uniquement. A défaut d’océan, il y a le bleu de ses yeux qui se marie très bien à ces cernes. Ses yeux. Qui viennent de s’ouvrir.
Il ne bouge pas. Ne sourcille même pas. Je ne bouge pas la main. Je n’y pense pas. Mes réflexes se sont fait la malle. Je plonge. J’ai toujours eu du mal à fixer un point sans me laisser absorber par celui-ci. Ses yeux sont mon point. J’fais abstraction du reste. Il ne bouge pas plus. Lui aussi plonge. Jusqu’au plus profond du noir de mes yeux, jusqu’au plus limpide du bleu de ses prunelles. On ne bouge plus. S’il existait des passants à cet instant, ils ne verraient en nous que de simples statues bien réalistes, des statues de cire. Immortalisées dans un instant de pure vérité. Dans un moment de pure sincérité. Nos joues sont encore creusées par le sillon de nos larmes. Mais peu nous importe. On a plongé. Je me suis blottie au fond de son âme. Je sens sa présence en moi. Pas de curiosité malsaine. Juste une confiance pure. Absolue. L’amour comme je ne l’ai jamais connu. Comme on ne le connaîtra plus jamais. Le besoin de se confier sans ouvrir la bouche. Sans prononcer un mot. La reconnaissance de l’autre. De l’autre qui nous ressemble. Qui nous apaise par sa propre torture. Le temps s’est suspendu.
Sauf la sonnerie de son téléphone. On sursaute. On est enfin éveillés. On retourne à la réalité. Brutalement. Je l’entends bafouiller quelques murmures incompréhensibles. Il est en retard. Il doit filer. On se relève. La tête nous tourne. Comme après une soirée trop arrosée, nos esprits sont encore embués. On avance. En silence. Dans un calme quasi religieux. On se recueille. Je n’arriverai pas à décoller mon regard de mes pieds qui avancent sans que je ne sache comment. Un pied devant l’autre. Tel un robot. On répète cette action à l’infini. Sans qu’on aie un mot à dire. Je ne contrôle à nouveau plus mes jambes. Elles avancent. Et iront loin. Trop loin. Je le sais.
On s’est perdus sur la route sans vraiment s’en rendre compte. J’ai continué toujours droit devant moi. J’ai suivi le chemin que me traçait mon inconscient. Toujours le même. Toujours aller droit devant pour ne pas risquer de revenir au point de départ. Et lui a du tourner. Je n’sais même pas quand nos chemins se sont séparés. Ils l’ont été c’est tout ce que je sais.
Je suis arrivée à l’aéroport sans m’en rendre compte. Je n’ai pour autre bagage que le sac que j’ai toujours avec moi. Un cahier, de la musique, une trousse, un livre, ma carte bleue.
Je relève la tête. Je regarde les informations défiler devant moi. 12h35.
Aucun bagage à étiqueter. Je repars sans me retourner. J'serais trop tentée de reprendre les rênes. Et de rester. Alors, je pars, sans me retourner. Le cœur en miette. Je le laisse à la porte d’embarquement. J’le récupérerai sans doute en revenant. Si je reviens.
Il neige à Paris ce soir. Léa se marie. Ça fait deux ans que je ne l’ai pas vue. Et pourtant je suis sa demoiselle d’honneur. J’aime pas les mariages. C’est long. Tout le monde pleure. Fait semblant de s’apprécier. Et puis j’ai mal aux pieds avec ces foutus talons. Des échasses de dix centimètres qui e handicapent. « t’es super jolie comme ça ! » qu’elle me dit la future mariée. Ouais bah tu m’étonnes. Manquerait plus que ça qu’en plus j’sois moche. J’ai déjà dit que j’aimais pas les mariages ? Et puis, il y a tellement de gens. Qui me regardent bizarrement aussi. J’aime pas les mariages et en plus j’deviens parano. J’me glisse derrière le bar et j’avale ce cul sec de vodka. Comment ça, c’était pas supposé être un cul sec ?! Je fixe mon reflet dans le miroir. Mon anti cernes est un pur produit de publicité mensongère. J’ai les mains qui tremblent. Et le cœur un peu serré. Il ne s’est pas vraiment réparé pendant mon absence. Apparemment, il n’a pas trouvé SOS Cœur en miette, alors j’me sers de la vodka comme antibiotique. On fait comme on peut. J’arrive pas à fixer mon regard. Je parcours la salle fébrile. J’attends. Mais j’attends quoi au final ?! Et même s’il était là, ai-je vraiment envie de le voir ? Lui et ses foutues cernes ? Lui et ses foutus yeux bleus ? Comme si ça changerait quelque chose. J’aime pas les mariages.
« _Un discours ! Un discours ! »
Léa me supplie du regard. Elle sait bien que j’ai la tête ailleurs c’est pour ça que je ne comprends pas son acharnement. Mais bon, j’peux bien lui offrir ça à défaut d’une présence réelle.
« J’aime pas les mariages. Je sais que c’est surprenant d’entendre ça à un mariage, mais j’ai jamais aimé ça.
Mais, même si j’aime pas les mariages, j’suis quand même là aujourd’hui. Parce que Léa, elle est pas comme les autres femmes que j’ai rencontré jusqu’à aujourd’hui. Que Léa, elle s’est toujours donné la peine de se battre. Qu’elle n’a jamais laissé tomber. La preuve, même avec mes absences imprévisibles, elle ne m’a jamais laissée tomber. Sa porte a toujours été ouverte pour quand je revenais. Léa, elle a pas peur. Pas peur de se jeter dans le vide et de faire confiance. De faire confiance sans conditions. Elle se jette corps et âme et advienne que pourra. Léa elle ne s’est jamais retenue dans ses histoires d’amour, et encore moins dans celle-ci. Léa, même avec les coups durs qu’elle a encaissé, même avec les déceptions qu’elle a connue, elle a jamais arrêté d’y croire. De croire en l’amour. En l’homme. Elle a toujours eu confiance. Léa, elle a jamais eu peur de s’abandonner à quelqu’un. Et aujourd’hui, elle n’a pas eu peur de se lancer dans le mariage. Et le mariage, c’est ça, c’est ne pas avoir peur de se lancer. Pour se marier, faut avoir du courage. Léa, elle est courageuse. Moi, j’aime pas les mariages, mais pour rien au monde, je n’aurais manqué le tien. »
Je me rassois. Je ne lève pas les yeux. Le verre qu’il y a devant moi et bien plus intéressant. Bien moins intimidant. Je le tourne. Dans un sens. Puis dans l’autre. Je le fais valser d’une main à l’autre. De gauche à droite. Puis de droite à gauche. Je le tourne encore. Puis j’avale une gorgée. Je recommence. Mon jeu aurait pu durer toute la soirée, sauf que j’ai oublié que tout ce que je gardais entre les mains m’échappait. Le verre y compris. Il tombe dans un joli brouhaha aigu et mélodique. Mais je suis la seule à l’entendre. Tout le monde est sur la piste de danse et le DJ s’éclate à mixer les meilleurs morceaux des compils Hit Machine et des Tubes de L’été. J’m’éclipse dans ce qui sert de cagibi. J’me perds dans ce qui ressemble à un labyrinthe de manteau. J’m’assois. J’essaye de reprendre mes esprits. Mais j’les ai perdus il y a trop longtemps maintenant. C’est pathétique une obsession. J’suis pathétique. Je ne peux m’empêcher de revoir ses yeux. Bleus. Trop bleus. Je ne peux m’empêcher de haïr mes jambes. Je regrette. Pour la première fois de ma vie, je regrette quelque chose. Je regrette d’être partie. De n’avoir pas su me faire violence. De n’avoir pas su rester. Je suis revenue pour de mauvaises raisons. Je suis revenue dans l’espoir de le voir. Parce que ça fait deux ans que je dors encore moins bien. Parce que ça fait deux ans que je ne peux m’empêcher de me ressasser cette nuit là.
« - Il y a des gens qui ont des manteaux vraiment moches.
- M’en parlez pas … »
Je rouvre les yeux. Relève la tête. Des converses blanches trouées, un pantalon sans doute un peu trop grand pour lui, et un t-shirt à col V dont j’ai du mal à distinguer la couleur … Et puis mes yeux s’arrêtent sur les siens. Nos cernes se ressemblent. Il est habillé comme la première fois où je l’ai vu. Comme la première fois où je suis revenue. J’ai du mal à respirer. Mon cœur essaie de se décoller de ma poitrine à force de faire des bonds. Il se glisse à terre à mes côtés. Heureusement, parce que mes jambes auraient été incapables de tenir debout. On reste silencieux un moment. Son odeur m’enivre. Je sens ses mains trembler. Je ne peux tenir ma tête plus longtemps et la laisse tomber. Elle atterrit sur son épaule. Il ne bouge pas.
« - Je n’ai jamais retrouvé cet endroit…
- c’est que tu n’en avais plus besoin alors …
- ah bon ?
- ça va te paraître loufoque sans doute mais j’ai l’impression de ne tomber sur cette plaine que quand j’en ai vraiment besoin. Que quand mon ombre est trop lourde. Trop opaque. Que quand j’ai besoin de prendre des décisions. De faire le point. Elle est magique. Elle ne te soulage pas non. Mais elle te confronte à toi-même mieux qu’aucun de tes amis ne pourrait le faire. Si tu ne l’as pas retrouvée, c’est que tu as arrêté de te perdre dans ton rêve, que tu as su garder toute ton intégrité …
- t’étais où ?
- loin … trop loin … »
Mon cœur se serre encore un peu plus. Mes yeux brûlent. Je les ferme.
« - Pourquoi t’es repartie ?
- Parce que personne n’a été capable de me retenir ce jour là. Parce que je n’ai pas réussi à reprendre le contrôle de mes jambes. Parce que j’risquais de ne plus jamais repartir si j’restais …
- Pourquoi ne serais tu pas repartie ?
- Pourquoi tant de questions sur moi ?
- Parce que … réponds à ma question …
- Parce que je risquais de trouver une raison de rester.
- Laquelle ?
- Toi. »
C’était dit. Je n’avais partagé qu’une nuit purement platonique avec, j’étais repartie deux ans, je ne savais même pas qui il était et j’lui balance ça. J’dois vraiment avoir un problème moi ! Mais on doit le partager le problème, parce qu’il ne prend pas ses jambes à son cou. Il reste là. Ses mains tremblent un peu plus fort. Son rythme cardiaque accélère encore un peu plus. Il approche sa main, me relève la tête. Me relève tout court. Il est face à moi. Et comme la dernière fois, il scrute mon regard. Je laisse tomber les armes. Je suis face à lui. Sans force et sans armure. Ses lèvres sont hésitantes. Il a peur. Moi aussi. On hésite. Je me sens comme lors de mon premier baiser. Fiévreuse. Peureuse. Excitée. Exaltée. Puis nos lèvres se trouvent. On est là perdus au milieu des manteaux. Seuls au monde.
« - Empêche moi de partir.
- Hum, tu préfères être menottée au radiateur ou aux barreaux du lit ? »
J’éclate de rire. Finalement, c’est pas si mal les mariages.
Hommage aux sauterelles
J’ai mal partout, le contenu de mon mp3 défile et je ne peux m’empêcher de hausser le sourcil quand deux morceaux s’enchaînent étrangement, du genre « Life » de Dub incorporation suivi de « Grace » de Jeff Buckley, j’ai mal partout, j’me suis affalée sur mon pouf fraîchement recousue par mes petits doigts vraiment peu habitués à cet exercice, tiens Herman Dune, va falloir que je trouve quelqu’un pour aller au concert, Les bibicéphales en sont déjà à plus de la moitié de leur vie, décidément, c’est trop court la vie d’un topic de sauterelles, faut encore que je finisse de ranger les derniers trucs qui traînent dans ma chambre, plus tard, là, j’ai pas l’courage, alalala les sauterelles, quelle équipe que ces sauterelles, j’me souviens la première fois que j’ai vraiment fait gaffe à ce petit groupe dans les entrailles du forum, des petits clins d’oeil par ci par là dans les différents topics, mouais j’comprends pas trop, et puis moi j’viens juste sur ce forum histoire de glaner quelques infos sur ce fameux Ju, ouais il est vraiment doué ce ptit mec, la preuve même le mien de Ju est d’accord là-dessus, mon ptit Julien avec qui je n’ai de commun que cette amitié folle qui nous unit, pour le reste, non, vraiment aucun points communs, j’dois me battre pour lui faire lire un bouquin et puis moi les serpents j’aime bien mais bon, alors les goûts musicaux n’en parlons pas, il ne supporte ce que j’écoute que par amitié, et autant le dire, je tolère à peine ses goûts musicaux à lui « mais siiiiii mel c’est trop bien Shy’m !!! », euh, ouais bah ouais si tu l’dis, alors c’est sur que quand il me dit qu’il « kiffe ce ptit blond à barrette qui a quand même une putain de voix et un putain de style », et bah moi j’en tombe des nues, mince alors, ce fameux Julien a même réussi à trouver un terrain d’entente musical entre mon Ju et moi, et puis j’sais même plus j’en étais où moi dans ce que je racontais ?! Ah si les sauterelles et le forum, ouais c’est clair au début c’est une notion absolument abstraite pour moi, mes passages sur le forum sont rapides et toujours ciblés, Actualités, Vidéos/Mp3 et Presse, trois ptits tours et puis s’en vont, de toute façon j’ai bien trop de choses à faire, voir les amis, sortir avec les amis, voir les amis, squatter avec les amis, rire, boire, fumer avec les amis, ouais bon on a compris, j’suis en vacances, et moi j’préfère bouger plutôt que squatter devant mon pc, alors je bouge, et ça m’empêche de penser aux feuilles blanches qui restent indéniablement blanches, et pourtant je ne les ai pas lavées avec Bonux, et puis, c’est pas comme si c’était tellement important que ça l’écriture pour moi, allez, sortons, buvons, fumons, planons, la vie est belle, on est en vacances, on est jeunes, insouciants, on vit, et puis moi j’continue de venir glaner les infos, et puis y’a des nuits où j’arrive pas à dormir, y’en a souvent des nuits comme ça d’ailleurs, elles sont chiantes ces nuits là quand tu restes dans ton lit à ne rien faire d’autre que tourner en parallélépipède rectangle à angles obtus, à la fin j’en connais chaque recoin de mon lit, j’pourrais même dire combien il a de ressorts mon matelas, et puis une nuit j’en ai marre de fixer mon plafond en attendant de recevoir la visite de Morphée, et puis personne ne répond à mes messages, tout le monde dort, et malgré les conseils d’Arnaud j’arrive pas à m’endormir en sursaut, en plus je n’ai ni bouteilles de rhum ni joints à portée de main, alors j’me relève, enfin j’me glisse jusqu’au pouf qu’il y a juste à côté de mon matelas et hop j’navigue sur le net, i’m surfing on the wave oh yeah, euh excusez ce moment d’égarement, c’est juste qu’il est tard et que je suis fatiguée, allez on tape une lettre au hasard dans la barre d’adresse de Mozilla, tiens Victor n’a pas remis d’articles, l’autre forum sur le ju est en vacances, j’descends me faire un thé, la nuit sera longue, le crazy s’affiche, rien de bien nouveau dans l’actualité du Ju, alors j’fais tourner la roulette de la souris, l’artiste a laissé un message, j’reste sceptique, je passe sur le reste, Rencontres, Messages pour Julien, bof, ça ne m’intéresse pas vraiment, allez j’descends encore un peu, La capture de Julien, hum pourquoi pas, ah oui mais euh 300 pages, j’veux bien être insomniaque mais mes yeux ont déjà du mal à supporter l’écran alors 300 pages à fixer un écran, je crois que je m’en passerais, tiens c’est quoi ce topic ? Fan Fiction Sautejulienales, une petite dizaine de pages, allez j’me lance, le titre est intrigant et j’n’ai que ça à faire à cette heure-ci de la nuit, j’dévore les histoires, chaque mot résonne, mince c’est qu’elles sont douées, y’a de la poésie, y’a de l’humour, de la provocation, de la sensualité, du mystère, wow, mais il est très tôt dans la journée et moi j’ai quand même besoin de dormir, j’bosse tôt au fleuriste demain, et déjà qu’elle me trouve une petite mine à chaque fois que j’y vais si je ne dors pas mon anti-cernes ne pourra rien pour moi, j’éteins l’écran sans éteindre la page, j’y reviendrais plus tard, les jours s’enchaînent, et les soirées avec, fiou, on est vraiment les rois et reines de notre monde, et puis Alice a sa maison alors la mienne ne me voit plus beaucoup, sauf ce soir, parce que ce soir j’ai besoin de dormir, et puis demain je fais le marché, debout à 6heures pour crier « 10 euros les trois beaux bouquets ! on en profite ! offre exceptionnelle ! » , c’est juste une exception qui se répète chaque semaine mais chut, ne pas sortir un samedi soir est vraiment déprimant, y’a plus rien à la télé en plus le samedi soir, allez profitons de cette soirée d’accalmie pour se remettre à écrire, une souris verte qui courait dans l’herbe, bon c’est pas vraiment ce que j’appelle écrire, « Bonsoir sale gosse ! t’as dix minutes pour te préparer, il n’est même pas envisageable que tu ne sois pas là ce soir, une soirée chez Alice sans toi, c’est pas une soirée normale ! », raaah les garçons, et moi demain j’fais comment hein ?! et bah tu me lèves et j’t’accompagne, et puis bon bah dix minutes, vu qu’ils connaissent ma ponctualité se transforment en 45 minutes, alors j’ai le temps de surfer un peu, tiens les fan fictions, j’ai juste le temps de dévorer le Lens Virtuel de Lucrezia que déjà ils me bipent, et pourtant j’ai pas envie de décoller mes yeux de ces histoires de sauterelles, il y a un truc qui cloche, allez, ils m’attendent, j’vais pas devenir accroc à des fan fictions non plus, et le dimanche soir arrive, et j’ai les yeux qui peinent à rester ouverts parce que chanter à tue tête dans les champs à 4 heures du matin et devoir se lever 2 heures plus tard (enfin se lever, façon de parler, parce que pour se lever, il faut pouvoir se coucher) ce n’est pas un des cocktails les plus reposants, et pourtant moi j’ai pas envie de dormir, alors j’allume l’écran de mon ordinateur et je dévore chacune des histoires des sauterelles, encore, et je savoure jusqu’au dernier mot de la dernière fan fiction postée par la courageuse Mariesondêtre, et quand je regarde l'heure il est déjà 1 heure du matin, j'ai oublié de manger et je n'ai pas fermé l'oeil depuis plus de 48 heures, alors je file me plonger sous ma couette si chaude, si moelleuse, encore mieux qu'un fondant au chocolat, et pourtant j'arrive quand même pas à dormir, parce que même si chaque parcelle de mon corps est épuisé, mes pensées ont du mal à ralentir, et j'peux pas m'empêcher de les envier ces fameuses sauterelles qui écrivent leurs mots aussi bien qu'on vide les bouteilles de vodka avec un kinito, c'est vrai quoi, c'en est blasant à la fin de lire tous leurs mots si magnifiquement ajustés, elles donnent cette impression plus que déconcertante d'avoir les mots qui sortent tout seul, un peu comme une fontaine intarissable, ouais voilà, les mots coulent d'une façon si fluide, si limpide que c'en est rageant, parce que moi à côté mes pages restent blanches, et comme si ça ne suffisait pas ma Mary à moi elle a une super idée "tiens Mel, et si pour les 18 ans d'Alice plutôt que de lui faire un album photo comme on l'a déjà fait pour max on lui écrivait un roman qui retracerait l'histoire du groupe depuis qu'on se connait, et puis comme tu aimes les mots, tu pourrais ptêt l'écrire", et moi j'sais pas dire non, ou plutôt j'ai pas envie de dire non parce qu'en soi c'est une super idée de cadeau et que j'y ai déjà pensé, sauf que moi les mots ne sortent pas, ne sortent plus,et si je demandais aux sauterelles hein, dites les filles ça vous dirait de faire un cadeau d'anniversaire à ma place parce que quand même, vous, vous n'avez pas l'air d'avoir de problèmes de créativité, yep, super l'entrée en matière, et ce n'empêche malgré tout ça, j'arrive à m'endormir, c'est toujours mieux que rien, et déjà, j'me rends bien compte qu'il y a un truc qui cloche parce qu'au lieu de suivre mon chemin de croix tout tracé sur le forum, et bah je file lire ce que la grande Lucrezia a toujours voulu dire à propos de Julien, et là je ne peux plus décoller, de telle sorte que j'en oublie de répondre au téléphone, ou plutôt que j'omets volontairement de répondre au téléphone, parce que moi je reste absolument scotchée devant un tel talent, devant une telle poésie, j'peux pas m'empêcher d'avoir la chair de poule et les intestins un peu chamboulés par cette intensité dans les mots, alors voilà, l'engrenage a commencé, je deviens de plus en plus accroc à ce foutu forum, et encore plus que le forum, à une partie de ce forum, sauf que ce jour là, une triste nouvelle a frappé les sauterelles, le grand topic La capture de Julien (celui là même que j'avais renoncé à lire à cause de son nombre impressionnant de pages) a été supprimé, et j'peux pas m'empêcher de le regretter, c'est quand même pathétique hein de regretter quelque chose qu'on n'a pas connu, alors j'me dis que quant à être pathétique autant que j'en tire une leçon, et tel le corbeau je jure qu'on ne m'y reprendra plus, résultat, je dévore chacun des nouveaux posts des sauterelles dans les topics succédant au premier du genre, et je reste absolument impressionnée par ce talent, par cette complicité, par ce respect qu'elles se portent toutes malgré les différences d'ages, de pays, d'opinion, tout ça, et plus d'une fois j'ai envie d'écrire un ptit truc, un ptit je n'sais quoi, sauf que je me sens toute petite face à leur talent, face à leurs mots, alors j'préfère ne rien écrire, juste me contenter de lire, et puis soyons honnêtes, tant que mon pseudo n'est pas affiché dans ce topic, il n'y a rien de concret, parce que c'est quand même assez surréaliste hein de devenir accroc à un topic dans un forum, alors, moi j'fais mine de rien, j'continue à être en vacances, à voir mes amis, à sortir avec mes amis (ouais enfin vous avez compris le principe hein!), mais ce n'empêche j'peux pas m'empêcher dès que j'ai une minute à moi de venir actualiser la page, dans l'espoir d'y voir un nouveau message, et puis y'a un soir comme ça, j'sais plus trop comment ni même pourquoi, j'décide que j'en ai marre d'être un fantôme, j'décide que moi aussi j'ai bien envie comme ça hop de m'immiscer dans certaines conversations, de partager leur fous rires, alors j'poste un ptit message, comme ça hop, mine de rien, et la réaction ne se fait pas trop attendre, on m'accueille encore mieux que si j'allais voir mon magasin de fringues préférées et que je leur annonçais que j'achetais tout le magasin, et c'est bête hein, mais j'peux pas m'empêcher de rougir de derrière mon écran, encore pire que si tout cela se passait pour du vrai (entendons par là dans la réalité réelle de ma ptite vie d'étudiante de 17ans qui vit à Roubaix et tout le tralala), et puis j'me dis que si les sauterelles savent écrire, ptêt qu'en ayant enfin mis un pied officiellement dans un de leurs topics, bah ptêt que l'inspiration va revenir, parce qu'en plus c'est pas tout ça mais j'ai un cadeau d'anniversaire à écrire moi, et là c'est magique, j'allume word et les mots s'écrivent, comme par magie, sans que je ne leur demande rien, oh bien sur c'est pas génial, mais je ne trouve pas encore ça trop mauvais, et puis comme j'aime bien avoir des avis et bah j'ose poster ça de façon très peu convaincue là faut quand même bien l'avouer, et là encore, les réactions me font rougir, me tordent le ventre et me serrent le coeur, ah ouais, parce que j'vous ai pas dit, mais en plus, comme si ça ne suffisait pas, à cause des sauterelles, moi j'deviens toute guimauve, parce qu'elles sont si pleines de talents que je ne peux m'empêcher d'être émerveillée, et quand j'suis émerveillée, j'suis au choix muette ou toute émue, bah là j'suis à chaque fois un peu des deux, et j'devrais ptêt avoir honte de l'avouer hein, mais moi j'suis une rebelle et j'ose vous le dire, aujourd'hui, j'ai oublié le chemin tout tracé que je suivais au tout début, mais si vous vous souvenez Actualités, vidéos, presse, aujourd'hui j'peux pas m'empêcher de courir voir les sauterelles avant toute chose, histoire de voir quelles merveilles elles ont pondu pendant mon absence, parce qu'en plus, elles ont pas juste du talent les sauterelles, elles sont aussi toutes plus cultivées, plus intéressantes, plus drôles les unes que les autres ... Et moi, de derrière mon clavier, j'leur dois un grand merci aux sauterelles, parce que quoiqu'on en dise, certes le Ju est à l'origine de bien des créations, ça n'empêche, moi ce qui m'a permis de remplir à nouveau les pages blanches, ce n'est pas tant le chaland, que vous mes sauterelles adorées ...

