Créations autour de Julien

Les créations graphiques et littéraires inspirées par Julien

15 février 2008

La nuit joue les chefs d’orchestre et les notes de pluie se déroulent en symphonie. Les paupières closes, elle observe les secondes que le temps avale lentement. Le sommeil se fait désirer, Morphée semble vouloir résister à l’accueillir dans ses bras. Elle compte les silences et sourit aux minutes qui n’existent encore que dans son imagination. Elle tremble. Trop de vie et d’envies dans ce cœur épuisé d’avoir trop espéré. La nature se couche sous les pleurs acides du ciel. Et pourtant. Elle pense, pense et dépense ses heures à cimenter ses souvenirs fragiles d’un peu de bonheur.
Le matin glacé la sort de ses envolées. Un avant-goût d’été vagabonde entre ses vêtements à peines pliés. Un juillet qui lui laisse entrevoir qu’elle pourrait oublier. Même si certains doutent trouvent toujours le moyens de se tasser au fond de nos valises.

A double tour les regrets.

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J’aurai dû mourir à sept ans. Dans cette eau idéalement glacée. Avec ce soleil qui brûlait le moindre centimètre de peau qui osait s’exposer à lui. Oui. Je crois que c’était le bon moment. Au milieu de tous ses rires qui escaladaient les arbres. Personne n’aurait dû remarquer. Fallait pas me sauver. Non.
Ou à seize. Dans cette salle de bain aux couleurs froides, trop familière. Avec tous ces bouts de ma vie étalés à mes pieds. Des photos en pagailles pour pleurer ses regrets une dernière fois. Pourquoi est-il arrivé au bon moment ? Sans savoir. Un pressentiment ? Je ne sais pas. Mais il aurait dû me laisser crever là.
Je ne sais plus très bien quand j'ai arrêté de vivre. Je ne suis même pas sûre d'avoir commencé. Ce que je sais c'est qu'aujourd'hui j'ai trente et un ans. Et je parle déjà comme si j'en avais le double. J'ai laissé la vie me pousser au lieu de la pousser dans la direction que je voulais. Je n’ai pas pris les risques qu'il fallait. Et je ne suis tombée plus d'une fois et souvent sans personne pour m'aider à me relever. Bien sûr j'ai eu des amies. Qui une à une s'éloignait, forcées de constater à quel point il était difficile de me sauver. Elles ont toutes abandonné. Et elles ont eu raison je crois. Rien n'est plus vain que de vouloir sauver quelqu'un qui ne souhaite pas l'être. J'ai entraîné malgré moi des personnes à qui je tiens énormément. Je les ai tirés avec moi dans mes chutes vertigineuses. Mais des mains tendues pour amortir la chute, je n'en avais pas. Paraît que quand on tombe une fois, on retombe plus au même endroit. Ben je dois être l'exception.

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6h18

Il est 6h18. Il n'a pas vu les lumières de la ville s'éteindre, le matin est arrivé dans son dos. Ses mains dansent sur le clavier. Et il sourit parfois à son écran. Ses yeux lui brûlent et ses oreilles supportent depuis trop longtemps les écouteurs bon marché qu'un ami lui a prêté. Il pourrait se déconnecter, éteindre son ordinateur et la rejoindre. Mais il ne le fera pas. Il sait qu'il a dépassé les limites. Ca fait tellement de nuits qui se ressemblent. Chaque fois, il cherche le moyen briser le silence sa culpabilité le paralyse. Alors c'est plus facile. de l'éviter. De s'éviter. De se perdre au milieu d'inconnus qui ne connaissent de lui qu'un pseudo. Il a la trouille. D'affronter son désarroi et sa colère. Et ses silences. Trop de semaines qu'ils vivent à coté. A coté. Pas ensemble. Il attend. Quelque chose. Un signe. N'importe quoi. Ils s'aiment. Il ne sait juste plus à quel moment, ils ont cessé de se le dire. Il ne sait plus comment ils ont finis par ne plus s'écouter. Leurs voix se frôlent à peine. Leur peau, glacée par l'absence. Une nuit de plus. Une nuit de moins. Au fond, il n'est pas sûr que ça change quelque chose.
Il est 6h18 et il attendra. Comme chaque matin. Qu'elle se lève et se dirige vers la salle de bain. Et il se glissera sous les draps et feindra de dormir lorsqu'elle viendra prendre ses vêtements dans la chambre.

Il est 6h18. Elle n'a pas fermé l'oeil de la nuit. Elle a le visage éteint et marqué par le manque de sommeil accumulé depuis de longues semaines. Des mois, sans doute. Et le soleil qui tarde à venir réchauffer la ville ne suffira pas à faire cesser les frissons qui la parcourent. Elle entend le bruit que font les touches sous ses doigts. Elle l'envierait presque. Ce clavier. C'est lui qui a droit à la douceur de ses mains. Elle a toujours cet espoir. Un peu stupide, se dit elle. Chaque soir, elle s'imagine que c'est le soir. Le soir où, pour une fois, il la rejoindra. Où ils partageraient à nouveau ce clic-clac qui grince et ce drap trop petit pour deux. Elle ne demande rien de plus. Pas d'explications. Pas de cris. Juste un peu de lui. Elle sait bien que c'est de leur faute à tous les deux s'ils en sont là. Mais l'heure n'est plus aux réglements de comptes. Elle a juste besoin de lui. Mais elle ne sait pas. elle n'ose pas se lever. Elle a peur de réaliser à quel point il est heureux sans elle. Peur de voir ses yeux pétiller devant son écran. Peur qu'il se dérobe encore une fois.
Il est 6h18 et elle se lévera. Sachant bien qu'il profitera de son absence pour se faufiler sous les draps. Elle laissera échapper quelques larmes qui se mêleront à l'eau chaude de la douche. Elle s'assurera qu'il ne l'entende pas. Elle reviendra dans la chambre pour s'habiller et jettera un dernier regard vers lui avant de s'éclipser.

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Panique

Tu te lèves, les cheveux en désordre. Tu donnerais n'importe quoi pour pouvoir clore tes paupières encore quelques minutes. Les quatre heures de sommeil, si on peut appeler ça comme ça, n'ont servi qu'à t'embrouiller un peu plus l'esprit et te laisser en cadeau une migraine particulièrement tenace. Et puis cette désagréable impression de ne plus rien savoir de ce que tu savais la veille. La sensation qu'on te mâche l'estomac. Ta colocataire te propose gentiment du café et tu grimaces en guise de réponse. Un rapide coup d'oeil à l'horloge de la cuisine te fait te lever brusquement.

Tes gestes ne sont pas coordonnés. Mais faire vite. C'est tout ce qui compte. Tu files dans ta chambre et tu t'enfermes à clé. Ton crayon glisse de tes mains et tu t'énerve contre le tiroir du bureau qui ne veut pas s'ouvrir. Décidément, rien ne va dans le bon sens. Ta colocataire, qui n'a toujours pas compris, le besoin urgent que tu as de te retrouver seule, te demande avec insistance si ça va. Tu laisses échapper de tes lèvres un oui presque inaudible. Oui parce que c'est plus simple. Oui parce que t'es sur le point de péter un câble. Et que c'est elle qui risque de tout prendre. Et surtout de ne rien comprendre. Alors voilà. Tu rassembles toutes ces feuilles griffonnées au crayon, dispersées sur ton lit. Tu lis
. Today, I will talk about ...Encore et encore. Tu répètes chaque mot. The main factor is ...A haute voix. I think she's right but ...Distinctement. Tu paniques à chaque cafouillage. Tu doutes d'y arriver. Et tu te fais peur en réalisant que tu as oublié la signification de certains mots. Mais le temps n'est plus à la réflexion. tu prend une douche rapide et enfile les premiers vêtements que tu vois dans la penderie. Ce n'est pas le plus important, enfin tu l'espères. Tu pars sans fermer la porte. Tu cours pour ne pas manquer le bus. Tu l'as de justesse alors tu soupires de soulagement. Arrivée devant le bâtiment, tu te dis que tu peux encore changer d'avis, quitte a récolter un zéro. Tu te dis que rien que pour ta stupidité, tu le mériterais bien. Tu montes les marches deux à deux et tu t'essouffles. Lorsque tu arrives devant la salle, tu aperçois dans l'entrebâillement de la porte que toute la classe est déjà installée. Tu entre le plus discrètement possible en t'excusant auprès du professeur qui acquiesce d'un hochement de tête. Tu te faufiles au devant de la classe, tu entends comme un bruit de fond, des rires, des chuchotements. Tu esquisses un léger sourire en constatant qu'ils ne t'écoutent pas. Ce sera franchement plus facile. Mais le professeur met fin à cet espoir en rétablissant le silence. Tu les vois tous, suspendus aux mots que tu n'as pas encore prononcés. Tu te sens mal. Très mal. Mais tu dois surmonter. Alors tu rassembles tes notes. Et après une poignée de silences, tu commences. Good morning everyone ... 

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L'amour, un peu comme un jeu.

Case départ. Tout va bien. Elle a toutes les chances de son coté. Rien n'est joué. Elle n'a qu'à lancer les dés. La partie ne fait que commencer. Regards gênés. Trois. Rue Lecourbe. Elle aimerait que ça aille plus vite. Ca n'avance pas à son goût. Tout lui semble si excitant et « plus tard » lui semble trop loin. Une poignée de sourires échangés. Huit. Boulevard de La Villette. Enfin du concret. C'est un bon début. Quelques « bonjours », des bribes de mots prononcées. Neuf. Parc gratuit. Ca y est ils sont enfin seuls. Ils osent se parler. Vraiment. Et ils se découvrent. Cinq. Gare du Nord. Ils tiennent le bon fil. Ils sont sur la même longueur d'onde. Pelletées de rires. Huit. Caisse de Communauté. Gagnez mille ou tirez une carte chance. La vie semble lui faire un cadeau. Elle hésite et puis. Oui. La chance est son alliée. Elle tire une carte. Reculez de trois cases. Elle le savait pourtant. Ne jamais allez trop vite. Ne rien bâcler. Il s'en va, un peu troublé. Allez en prison. Elle prends le temps de réfléchir. Ne pas refaire les mêmes erreurs. Déjà trop de temps perdu. Regretter n'est pas tout. Il y a un prix à payer. Cinq milles. Elle sort. Enfin. Elle reprend ton chemin. Elle est pleine d'espoir et de vivacité. Sept. Caisse de Communauté. Encore. Rendez-vous à l'Avenue Henri Martin. Ca faisait un moment. Il a réfléchi lui aussi. Ils se revoient. Doutes. Envies mais craintes. Finalement ils se lancent. Frissons. Tremblements. C'est si bon de se sentir être. Dix. Boulevard des Capucines. L'amour est là. Maladroitement. Mais bien là. A en perdre la tête. A en chambouler le cœur. Valse des baisers. Six. Case Départ. Oui. Nouveau départ. Tout semble beau. L'univers rien qu'à eux. Le monde à leurs pieds. Tout semble facile. Prêts à croquer la vie. A cueillir la lune. A flirter avec les doux rayons du soleil. A se perdre dans les étoiles. Nouvelle vie. Nouveaux jours. Simplement être deux. Simplement ensemble.

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Sa plus belle mort sera ton indifférence

Tu lui as laissé trop de place. Tu vois. Tu le sais. Depuis le début. Que rien ne serait facile. Mais tu t'es lancée. T'as pensé que ça en valait la peine. Et quelle peine. Tu n'imaginais pas à quel point tu allais souffrir. Ou alors tu ne voulais pas le voir. C'est plus agréable de fermer les yeux. Parce que c'est bon d'aimer. Encore plus que d'être aimer. Tu t'es donnée entièrement. A corps et à sang. Pour ces mots. Ces mots au nom desquels on excuse tout. On pardonne l'impardonnable.

Quand il est là. Tout est baigné de lumière. Le beau l'est encore plus. Le laid, tu ne le vois plus. Comme si ton champ de vision ne se résumait qu'à lui. Son regard. Auquel tu t'accroches. Et puis merde. C'est tellement bon. De sentir sa peau contre la tienne. Alors tu pries pour que les secondes ne s'écoulent pas aussi vite. Tu captures mentalement les moindres détails, les moindres mots qu'il prononce. Tu tatoues son parfum au creux de ton cou. Quand vous êtes tous les deux. Tout est intense. Impression de s'appartenir l'un à l'autre. Et tu crois à ces mots. Quand il te dit qu'il t'aime. Que tu comptes plus qu'elle. L'autre. Que tout va s'arranger. Qu'il faut du temps.

Du temps. Tu en a passé. A attendre qu'il daigne vouloir te voir. Qu'il veuille bien mettre en pratique ces belles paroles. Qui réchauffent le cœur sur le moment. Mais qui deviennent de l'eau salée sur tes joues, une fois la magie envolée. Dans ces instants là, tu te maudis de l'aimer. Tu le maudis de ne pas t'aimer assez pour le quitter. Et parfois tu te sens la force de tout laisser tomber. Tu réalise que ta vie serait bien plus simple. Que ta vie aurait enfin le sens qu'on lui donne. Tu lui en veux de ne pas réaliser le dixième de la souffrance qui t'habites. Et tu t'en veux parce que oui, s'il est là dans ta vie, s'il a autant d'importance, c'est à cause de toi. Tu lui a ouvert la porte alors il a fait comme chez lui.

Maintenant tu voudrais fermer la porte. Mais il a déjà les clés.

Alors change la serrure.
 


****


Je m'en vais.
Tu ne le croyais pas que je pourrais. Que j'ai des limites. A vrai dire je ne le pensais pas non plus. Mais je suis lasse. Lasse de ne pas savoir si je dois croire ou non à tes mots. Lasse de ne te parler qu'à travers un écran, assise à mon bureau. Toi et moi c'était tout sauf cohérent. Dès le départ, tout était confus et jusqu'à aujourd'hui les choses ne se sont pas pour autant éclaircies. Nous, c'est né d'un rien. On a trébuché. Et on n'a pas trouvé mieux que l'un et l'autre pour se relever. La solitude d'un couple qui sombrait dans le gouffre de la monotonie venait siffler à tes oreilles. Mes yeux déversaient des rivières intarissables de vide noircies par le manque.
J'ai été le brouillard sur ta vie comme tu l'as été sur la mienne. Chacun servant d'échappatoire à l'autre. Chacun puisant sa force dans les mots de l'autre. Oui d'accord, ça nous convenait bien au début. Tu étais le magique et le spécial. Plus je te parlais, moins j'avais l'envie de faire autre chose. Les heures filaient comme des demi secondes d'éternité. Et moi je m'évadais et me télé-transportais là où tu étais. Au rythme de tes mots, je m'évadais de la prison qu'était devenue ma vie avant de te rencontrer.
Mais on aurait dû le savoir. Le brouillard s'estompe. Et on recouvre la vue. Et c'est le choc. Tu n'étais pas seul même si tu te sentais comme tel. Je ne pouvais pas nier. Je ne pouvais pas lutter. Et tes mots qui résonnaient comme des étoiles dans mes yeux sonnaient faux à présent. Et toi, tu l'as senti au moins aussi bien que moi. Que ça avait changé. Mais tu as donné l'illusion. Pas pour toi. Pas pour moi. On le savait. Rien que pour ce Nous qu'il fallait préserver. Le fallait-il réellement ?
Et puis la douleur et la peine prirent possession de toi lorsqu'elle a décidé de suivre ses pas sans toi. Tu m'as laissé entrevoir à quel point tu lui étais attaché. Et moi j'ai supporté ta peine en plus de la mienne. Oui, tu l'as vu immédiatement. Alors tu m'as écrasée de toute ta souffrance. Toute petite sous les décombres de ton passé. Etouffée. Et puis malgré tout, tu continuais à brandir ces mots d'amour comme une petite cuillère pour ramasser ton cœur. Et moi, je n'en peux plus. Je ne sais pas si nous deux c'est une impasse. Mais je ne préfère pas attendre la fin pour regretter tout le temps perdu.
Alors je te laisse. Je me faufile et disparaît pour te laisser le temps de reconstruire cette partie de toi qu'elle t'a dérobée.
Cette partie de toi qui sait aimer.


****

Alors va t'en.
Si tu pense que la fuite est ta seule solution. Comme toujours tu t'enfuis. Tu abandonnes. Parce que c'est plus facile. Parce que tu as peur. Alors tu joue la sécurité. Tu te protège. Tu ne veux plus être la fille vulnérable et seule que j'ai connue. Et je ne peux pas t'en vouloir. Je sais combien tu souffres à cause de moi et je crois que la peine que je t'ai infligée malgré moi t'a rendu plus forte d'une certaine manière. Entre toi et moi, il n'y avait ni sens ni raison. Tout n'a toujours été que pur instinct. Pulsion. Au début c'est excitant. Oui, mais nous n'avions pas de bases solides. Rien qui nous empêche de partir en vrille. Et je le sais, que nous deux, ça tient qu'à pas grand chose. Mais je veux m'y accrocher, je veux bien essayer d'y croire pour deux. C'est peut-être inutile, mais si on ne le fait pas on ne pourra jamais le savoir. Vivre c'est se risquer, non ? Au moins, un peu. Peut-être que ça vaut le coup. Oui mais il y a elle, tu me diras. C'est vrai j'ai encore mal. Parce que j'arrive pas à oublier une année de ma vie en un claquement de doigts. Bien que notre relation à tous les deux m'importe énormément, je ne peux pas nier et effacer ce passé encore trop récent. Encore trop présent. Cette partie de moi qu'elle m'a prise je la reconstruirais qu'à force de temps et de toi. Je ne suis moi qu'avec toi dans ma vie. J'y arriverai pas sans toi. J'ai besoin de toi pour me construire des souvenirs. De nouveaux pour effacer les autres.
La question est jusqu'où est tu prête à aller ? Je ne peux rien te promettre. Je ne peux pas te dire que tout ira bien et que ce sera facile. Je te dis juste que je ne lâcherai pas ta main.
On s'aventurera Ensemble.

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C'est là où. Tout.

Elle descendit du train, les battements de son cœur s'affolaient déjà. Elle empoigna son sac à dos plein à craquer, le seul bagage qu'elle avait emporté pour ces trois jours. Moins d'une heure plus tard, elle était arrivée à destination. Elle sentit les lames lui monter aux yeux lorsqu'elle aperçut la maison à quelques dizaines de mètres plus loin. Elle avançait lentement, comme pour savourer chaque seconde de ce paysage glacé.
Lorsqu'elle fut face à la maison, ses larmes tenues prisonnières tant bien que mal, faisaient à présent la course sur ses joues rougies par le froid. Un sourire tremblant animait son visage un peu terni par les coups durs que la vie ne lui avait pas épargné.
Elle lâcha son sac à ses pieds et poussa le portail. Le jardin recouvert de blanc était aussi beau que dans ses souvenirs. Elle avait passé ses plus belles vacances de petite fille dans cette maison. Déjà plusieurs années qu'elle n'y était pas retournée. Pas le temps. Elle se disait. Et cette fois elle a pris le temps. La maison était encore occupée par ses grands parents il y a deux jours. Elle avait profité de leurs vacances pour se réfugier ici. Elle souleva un pot de fleur où avait été déposée la clé et pénétra dans la vieille baraque superbement rangée. Elle se vit, petite fille, dévalant les escaliers et laissant les ses éclats de rires ci et là. Elle s'installa dans son fauteuil et laissa les souvenirs la baigner de nostalgie. C'était si bon.
La fatigue du trajet passée, un bon chocolat chaud avalé. Elle sortit prendre l'air et se dirigea presque instinctivement dans ce lieu si cher à son petit coeur de môme. Là, encore elle bascula dans ses souvenirs et se revit assise sur un banc, ses jambes ne touchant pas le sol. Avec à coté d'elle, un petit garçon. Garçon n'était pas le mot. Il était bien plus qu'un camarade de jeux. C'était le meilleur ami qu'elle n'avait jamais eu. Elle s'assit sur le banc et se rappela leurs paris, leurs promesses de gosses.

"Dis on reviendra chaque année hein ?
- Mais oui, on se quittera jamais."


Et ils s'étaient quittés. Parce que la vie. Parce que ça change les gens. Parce que pas le temps.
Et si finalement c'était la peur. Peur que tout ne soit plus comme avant. Peur que le
lien entre eux soit moins fort. Peur qu'il soit encore trop fort. Peur que leur univers enfantin ne soit détruit par la réalité du temps qui passe. Peur de se confronter aux rêves qu'ils ont laisser s'envoler. Peur de ne pas savoir quoi se dire. Peur de trop en dire. Peur de ne plus se comprendre. Peur que l'autre déçoive. Peur de décevoir. Peur d'être heureux. Peur du vrai bonheur peut-être.
Ce doux parfum de mystère qui flottait l'envahit et la propulsa contre ses questions sans réponses. Il manquait quelque chose. Il manque quelqu'un. Lui.
Pour terminer ce puzzle et pourquoi pas en commencer un autre.

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Je ne te vois pas. Plus. Ne me dis pas que tu es là. Fait pas semblant. Stop. T'as pas besoin de me le dire. Je le sens. que t'es perdu. Rassures-toi. Tu peux retirer le masque. S'il est trop lourd. C'est de moins en moins. Que je te vois. Je ne dicerne plus. Ce qui est toi et ce qui ne l'est plus. Cette sûreté apparente fausse tout. Tu le sais aussi bien moi. On croirait même que tu t'en amuses. Tu crois que t'as le pouvoir. T'es satisfait de pouvoir tromper le monde. Et tu crois t'en sortir comme ça ? Tu te dis que ça va. Point. Tu vas pas plus loin. Puisque ça t'arrange. T'as peur de savoir alors tu fouilles pas trop. Ne surtout pas atteindre la vérité. Trop dure. Allez. Souffle un bon coup sur tes regrets. Laisse les s'envoler avec ce souvenir de ce"toi" qui n'a pas existé. Et ce masque qui pèse, piétine le. Tuverras que. C'est mieux. Je te promets. La vie. Ca a des couleurs. Si si, crois moi. Fais moi confiance. Pas comme avant. Mieux. T'as plus le choix en fait. Je ne compte pas te donner l'opportunité de te détruire. Pas question. J'ai bien assez attendu. J'ai entendu tes cris écrasés par tes silences. Seulement t'as pas vu ma main pour te retenir. Mais ne t'inquiéte pas.
Même si le temps n'est pas un allié, c'est un ennemi qu'on connaît.
On y arrivera. Toi et moi.

Non.
Nous.

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Elle aime. Passer ses doigts dans les boucles brunes désordonnées des ses cheveux. Elle aime l'air malicieux qui anime son regard. Elle aime cette grimace qu'il fait lorsqu'il dessine. elle aime l'attention qu'il porte aux choses anodines. Elle aime quand il n'est pas sûr. Elle aime quand il la devine sans avoir besoin de mots. Elle aime les batailles de coussins juste pour avoir la télécommande. Elle aime ses crêpes qu'il qualifie d'artistiques.

Il aime faire semblant de ne pas savoir qu'elle fait semblant de lui en vouloir. Il aime les bleus qu'il se prend juste parce qu'elle veut lui persuader qu'elle sait jouer au volley. Il est fasciné par sa capacité à se rappeler de tout et dans le moindre détail. Il aime son sourire, timide mais vrai. Il aime leurs soirées "seuls à deux". Il aime l'écouter chanter lorsqu'elle se croit seule. Il aime leurs silences complices.

Ils s'aiment. Ils ne se l'avoueront jamais. Peur de se perdre. Peur de se retrouver. Peur que tout change. Peur que ça devienne réel. Pour de bon.

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A peu de choses près

Lui, il se tait. Ca doit bien faire des jours, peut-être une semaine, qu'il ne dit rien, qu'il ne fait rien, qu'il ne voit personne. Il ne peux pas, c'est ce qu'il dit au gens. En réalité il ne veux pas. Ouvrir la porte et affronter le regard de ceux pour qui c'est déjà de l'histoire ancienne. S'il reste enfermé là, ce n'est pas réel, concret. Dans son appartement, il y a des jeans sales sur le canapé, et des propres tombées parterre, qu'il n'a pas eu envie de ranger. Dan la cuisine, il n'a pas fait la vaisselle depuis qu'elle est partie. Ca sent bon le renfermé et le yaourt périmé. Elle Il n'a pas vraiment mangé, juste vidé leur réserve de gateaux et autres friandises. Il n'a conscience que du jour qui se lève et qui s'en va. Les heures, les dates, rien n'importe. La télévision est allumée non-stop, il lui faut un bruit. Juste pour ne pas être obligé de penser, pour éviter de ressasser les débris de bonheur. C'est trop tard, il le sait. Espérer ne fait plus partie de ses projets. Avant elle il était peut-être un peu plus con, un peu plus seul mais il n'était pas aussi vidé et perdu qu'à ce jour. Ce qu'une personne vous apporte, elle le récupère en partant, et avec les intérêts. Autant dire que l'amour ça ne s'emprunte pas, ça se donne ou ça se vole.

Elle, fait les cent pas. Elle a l'impression qu'on lui mâche l'estomac. Elle a le visage blême et sillonné d'eau salée. Elle fume cigarette sur cigarette. Parce que c'est le seul moyen pour quelle ne balance pas tout ce qui passe entre ses mains. A ses pieds, des piles de boites en cartons pleines de photos, de petits mots laissés sur le frigo, de lettres qu'ils s'écrivaient alors qu'ils étaient dans la même pièce. Une cuillère en plastique pour la première glace partagée. Une corde de guitare pour les cours qu'il lui avait donné. Un croquis de son dos parce qu'il ne voulait pas qu'elle le dessine de face. Les billes de cartouches d'encre qu'il collectionnait, une brique de jus qui avait son prénom. Chaque petit souvenir redécouvert, c'était comme perforer son coeur pour en faire des confettis. C'était lui la petite cuillère pour la ramasser quand elle était en miette. Et maintenant ? Dans son petit studio déserté depuis des mois, elle a tout refait. La décoration , le ménage, elle ne s'arrête pas. Si elle s'arrête de ranger, nettoyer ou trier, elle va s'écrouler. Elle se le doit à elle même, de ne pas flancher. Alors elle s'active jour et nuit et s'endort exténuée, dans la salle de bain ou sur la terrasse. Elle fait taire en elle tout pressentiment de boucle pas encore bouclée. Trop de risque. Trop d'enjeux. Trop douloureux.

***


Lui, ne tient plus. S'il ouvre la porte, s'il sort, ce sera pour lui parler. Elle, s'en remet au destin et préfère se résigner. Il prend impulsivement les clefs de sa voiture et fonce jusqu'à chez elle. Elle, met la musique à fond et chante fort pour ne pas crier, pour etouffer les larmes qui semblent vouloir s'échouer. Il arrive devant chez elle, il panique. Et si elle préférait en avoir terminé avec lui ? Et s'il la dérangeait ? Et si elle était plus heureuse sans lui ? Elle, elle danse. La souffrance la fait danser.

Il se décide à sortir de sa voiture et vient frapper à sa porte. Une fois. Elle n'entend pas. Deux fois. Elle comprend que c'est lui mais n'ouvre pas. Elle ne sait pas, elle est paralysée, terrifiée, et à la fois, se surprend à espérer de nouveau. S'il cogne une troisième fois, elle lui dira. Qu'elle est prête au meilleur comme au pire pour lui et qu'elle n'envisagerait rien sans lui à ses cotés. Elle attends quelques secondes qui semblent des éternités. Elle n'entend plus rien.
Elle n'a pas ouvert. Il a cessé de cogner. Elle suppose que c'est mieux comme ça, qu'il ne voulait sans doute pas. Il imagine qu'elle a tiré un trait.
Le bruit du moteur fuit à toute vitesse.

Il suffit d'un rien, d'une seconde, d'un geste.
Mieux vaut ne pas imaginer ce qu'on peut rater.

Posté par mariesondetre à 14:32 - Didoon - Commentaires [0] - Permalien [#]
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