11 janvier 2009
Je cherchais une photo d’où émaneraient à la fois de la profondeur et de la scintillance, de la gravité et de la légèreté, de la douceur et de la violence, de l’éclat et de l’obscurité, de la féminité et de la virilité. Gageure ! Comment réunir sur un seul cliché les innombrables facettes qui composent « mon » Julien, celui que mon imaginaire a créé ? A mes yeux, il a toujours représenté un paradoxe vivant, celui qui allie l’inconciliable à l’antinomique, celui qui abolit les impossibilités. Alors, je me suis souvenue que ma première impression, la plus forte, fut de voir en lui un Caravage musical. Silhouette en clair obscur dégageant une force fragile, une sombre aura.
Insaisissable, énigmatique. Visage au contour émouvant sur lequel on ne peut rien lire, parce que j’ai envie de tout y voir. Une vision, un support pour l’imaginaire. Un découpage dans le subconscient.
Et indissociablement liée à cette impression, une autre : une noire silhouette qui me tourne le dos, non pour m’échapper, mais pour s’offrir. Parce que de dos, c’est la plaque de cuivre vierge sur laquelle je peux graver mes attentes. J’aime le symbolisme absolu de l’attitude : l’équilibre parfait de toutes les forces contradictoires qui l’animent, harmonieusement réconciliées dans la magnificence de son art
VIENS LA
VIENS LA
Voir deux hommes ensemble, d’habitude, ça ne m’émoustille pas. Je ne suis pas choquée non plus, je trouve généralement un côté digne à toute forme d’amour. Et là, pourquoi ce trouble ? Sont-ce les lumières baignant la scène dans un rouge passionnel ? Ou alors cette étreinte est-elle chargée d’un symbolisme que je perçois de manière un peu floue ?
Chanter comme un acte d’amour, comme une fusion avec le public, Julien l’a assez répété. M’enfermer avec vous pour que vous profitiez de moi. Chanter pour s’unir aux mains qui se tendent et l’enlacent en rêve. Emporté dans son interprétation, porté par la vague passionnée qui monte, Julien voudrait nous étreindre … tous. Ses bras s’ouvrent, s’élargissent pour entourer, cherchent à happer, mais ne rencontrent que du vide. Alors il faut trouver un corps, une chair à laquelle s’accrocher. Le plus timide, le plus en retrait, celui qui ne rira pas ou ne tentera pas de s’esquiver, le parfait substitut de l’entité mouvante qu’est le public, celui-là comblera les exigences exacerbées.
Edouard n’a pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Une main ferme lui enserre la nuque et attire sa tête vers l’avant. Mains liées à sa guitare, comment se défendre ? En position de féminité, le voici pris au piège d’un impérieux désir de communion. Viens là que je puisse verser en toi le flux rougeoyant qui sourd de mon magma profond, que je trouve à briser les digues. Pose ton front contre le mien et regarde-moi dans les yeux, que je puisse découper dans la lumière des projecteurs l’image magnifiée d’une étreinte fantasmée.
12 novembre 2008
VIRTUAL APPROPRIATION
VIRTUAL APPROPRIATION
Comment faut-il interpréter ce geste ? Est-ce simplement provocant, violemment érotique ? De prime abord, oui, même si je perçois une dimension symbolique. Perturbant aussi, parce que je ne sais quel sens lui donner, ni même exactement quel effet il produit sur moi. Je cherche à dépasser l’image pour en saisir la portée.
Bien au-delà de la symbolique phallique du micro,
Bien au-delà des images audacieuses,
Ce qui me trouble, c’est cette incorporation, cet engloutissement.
Pourquoi avaler cet objet ? Pour goûter de plus près au plaisir du partage ?
Ce micro est le vecteur de l’art entre lui et moi.
En l’introduisant dans sa bouche, c’est un peu comme s’il me faisait pénétrer dans sa chair, au plus intime des sensations qui le parcourent, pour me les délivrer instantanées, intactes, et m’investir en retour dans le consentement ébloui.
Ce geste où l’on ne distingue pas qui est pénétré, de lui ou de moi, est l’illustration visuelle parfaite de ce coït auditif tant de fois évoqué.
Caressante au bord de ses lèvres, je défaille.
Avalée dans sa chaleur, je me dissous.
Envahie autant qu’invasive, je mêle mon plaisir à sa jouissance.
06 novembre 2008
MA JOIE S’APPARENTE A LA DOULEUR
A l’âge où l’on a envie de tout essayer, j’ai finalement été très sage. J’ai bien tiré un coup ou deux sur une cigarette, mais j’ai trouvé le goût répugnant. Oui, j’ai bien eu ma période guindailles estudiantines et « elle est des nôôôôôtres, elle a bu son verre comme les ôôôôôtres », mais je n’ai jamais eu besoin d’une bière au p’tit dej. J’ai la chance d’avoir un sommeil de plomb et j’ignore totalement la dépendance aux somnifères ou autres composés chimiques. Vous vous doutez bien que je n’ai même jamais testé aucune forme de drogue dite dure ou douce, étant donné que si j’en avais vu passer une sous mon nez, je n’aurais pas été fichue de l’identifier. Pour ce qui est du jeu, quand je vois Patrick Bruel expliquer mielleusement les règles du poker, je décroche après la deuxième phrase. Je n’ai jamais mis les pieds dans un casino et je préfère voir James Bond jouer à la roulette l’argent de Sa Gracieuse Majesté que d’y risquer le mien. Que reste-t’il ? Ah oui, certaines personnes sont accros au sexe ou aux jeux vidéo, il y a même des cliniques de désintoxication pour ça. Mais une fois de plus, je ne suis pas concernée.
J’ai donc traversé une bonne partie de ma vie en me disant fièrement que j’avais la chance de ne souffrir d’aucune forme d’addiction, qu’il était bon d’éprouver ce sentiment de maîtrise et d’indépendance. Je me disais que j’avais bien négocié le détroit et que passé ce cap des tempêtes, j’allais pouvoir naviguer tranquillement, comme en croisière.
J’ignorais tout des sévères et multiples formes que peut revêtir l’état de manque, de la douleur qui arrache les entrailles aux crises d’angoisse, de l’augmentation de la tension artérielle aux insomnies chroniques, des hallucinations à la dépression. Je me sentais forte, invulnérable. Je ne savais rien de la vertigineuse et effrayante redescente qui suit le trip ou l’ivresse.
Et puis…
Il importe de relativiser tout de suite, les syndromes du manque ne sont pas aussi graves qu’énuméré ci-dessus. Mais … pourquoi ce trou douloureux qui se creuse dans mon ventre ? Pourquoi cette tristesse latente et inexpliquée ? Pourquoi ces nerfs à fleur de peau et ces larmes soudaines ? Pourquoi ce désintérêt brutal du monde qui m’entoure ? Et l’attente … Et l’espérance … Et la spirale qui m’emporte à nouveau pour me larguer, enivrée et inconsciente, sur un rivage abandonné, comme un corps inerte que les vagues charrient.
Et les jours longs et monotones, le temps étiré à l’infini de la mélancolie. Est-ce la rançon obligée de quelques heures de bonheur ? Faut-il toujours traverser les limbes obscurs pour accéder au paradis ? Faut-il accepter de perdre la joie pour l’illumination d’un soir ? Julien pèse-t’il mon âme dans ses cymbales en équilibre ? Sera-t’elle assez légère pour mériter la béatitude ?
Lourd, lourd est mon amour dans la balance. Le poids du désir, la densité du besoin. La cymbale tombe et j’erre dans le noir, prête à échanger mon souffle contre l’or du miracle.
05 novembre 2008
Une folle envie de te plaquer au mur
Te clouer, bras en croix, pulsion à l’état pur
De tes cheveux rebelles chiffonner la texture
De mes mains caresser jusque dans l’encolure
D’un doigt mutin suivre les dentelures
Des fleurs brodées soulignant ta carrure
De ta peau miroitante éprouver la brûlure
Baiser la courbe de ton front, épure
Chuchoter contre tes yeux clos, murmure
Griffer la pâleur de tes joues, zébrures
Saccager la soie sang de ta bouche, écorchure
Invoquer la débauche, embrasser la luxure
Affirmer violemment mon statut de raclure
N’obéir qu’à nos corps, primitive nature
Et du désir qui dure exiger la torture
01 octobre 2008
JULIEN EN LATEX
JULIEN EN LATEX
Julien en latex
C’est pas sérieux
On te dirait ex-
Trêmement vaniteux
Ils t’ont fait le cortex
D’un guignol prétentieux
C’est rien que des envieux
Et dans ce contexte
C’est curieux
Tu es ex-
Traordinairement chichiteux
Ils t’ont pondu le texte
D’un morveux
C’est quasi injurieux
Julien en latex
Je dois pourtant te faire un aveu
Au niveau de l’ex-
Pression, t’es savoureux
Même sans sourcil circonflexe
Tes beaux cheveux
Et leur attribut connexe
Ton système pileux
Me font l’effet d’une ex-
Tasy boute-feu
C’est assez délicieux
Tu n’as pas besoin d’ex-
Hiber tes charmes sulfureux
Afin que je m’ex-
Prime en mots voluptueux
Même en poupée latex
Tu es fameux
Ton regard est ex-
Actement scandaleux
Et ton charme est sex-
Uellement prodigieux
Tu restes somptueux
Audacieux, mystérieux
Viens, je connais un jeu ….. 
VIFERIMILINITE
VIFERIMILINITE
La fluidité d’un tissu clair
L’éclat rubescent d’une maille élastique
La mouvance ondoyante d’un corps
Qui aurait cru que je serais troublée par tant de virilité féminisée ?
Plus les attributs sont froufroutants
Plus les dentelles et les bijoux parent ton cou laiteux
Et plus ta mâle séduction m’envoûte
J’aurais pour toi les gestes d’un amant
Faire glisser lentement tes bas en les roulant sur tes chevilles
Retrousser légèrement ta robe
Te faire lever les bras pour te l’ôter en la froissant un peu
Et la jeter négligemment sur l’accoudoir d’un canapé
Puis, je refermerais les bras sur toi pour te prendre comme une poupée chancelante
Mais tes mains arrêteraient mon geste et me saisissant par les poignets, tu me basculerais impérieusement sur les satins de tes parures chiffonnées
A LA CROISEE
A LA CROISEE
Sa main
Evidente, insistante, insolente
Rien d’une vision furtive
Geste appuyé
Sexualité affichée
Loin des frôlements à peine esquissés des débuts
Quand les licols de bienséance muselaient encore le pur-sang
Liberté revendiquée, palissades renversées
Galops infinis sur la plaine ondulée des désirs
Basculements des hanches, cadencés,
Avant, arrière, contre la paume ouverte
Regard que l’on sait provoquant
Sans pouvoir détacher les yeux
De la mouvance pendulaire
Sa main
Qui caresse et qui prend
Me prend
Respiration en suspens
Intimité bouleversée
Lancinante famine
Sa main
Pyromanesque féline
Incendiaire concubine
04 août 2008
Acacia : Dersou Ouzala d’Akira Kurosawa
Pour l’idée de la transhumance à travers l’étendue des steppes et l’évocation d’un univers à la fois aride et riche
Les bords de mer : Breaking the waves de Lars Von Trier
Pour l’absence, le vide, le désespoir, mais aussi la puissance des liens amoureux
Les limites : Fellini Roma de Federico Fellini 
Parce que les limites y sont très largement dépassées et que j’adore ça
Bouche Pute : L’empire de la passion de Nagisa Oshima 
Pour l’enlacement des corps des amants noués l’un à l’autre
Figures imposées : Chambre avec vue de James Ivory
Parce qu’il est enivrant de transgresser les règles et les carcans
Dans tes rêves : The Truman show de Peter Weir
Pour l’évocation d’un monde idéal qui se désagrège petit à petit
Pudding Morphina : Requiem for a dream de Darren Aronofsky
Pour la lente dissolution dans le cauchemar des paradis artificiels
Piano Lys : Moulin Rouge de Baz Luhrmann
Pour la tragique flamboyance, la dimension picturale, l’éblouissement et l’exigence d’absolu
Soirées parisiennes : Le Casanova de Federico Fellini 
Pour l’univers clinquant et artificiel qui consacre la dictature de l’apparence
J'aime pas : 37°2 le matin de Jean-Jacques Beineix
Pour le mal-être, l’incommunicabilité, les difficultés du couple
First Lady : Barry Lindon de Stanley Kubrick 
Pour le raffinement, mais surtout pour le portrait d’une amoureuse désenchantée
SS in Uruguay : Le tambour de Volker Schlöndorff
Pour le côté glauque jusqu’à l’écoeurement
Los Angeles : Bagdad Café de Percy Adlon
Pour le dépouillement et l’étrangeté
De mots : Il postino de Michael Radford
Pour la superbe histoire d’amitié et surtout pour l’immense pouvoir des mots





