01 novembre 2007
Sur un banc (fanfic, inachevée)
Nous sommes en plein mois d'octobre, le temps est maussade, une brume humide (le genre à vous glacer le sang à peine vous mettez le nez dehors) plane sur Paris. En général, un temps pareil en découragerait plus d'un, mais pas moi, du moins pas ce jour-là. J'attrape mon manteau, mon béret noir et me voilà partie pour une petite virée direction un joli parc public non loin de chez moi. Une fois sur place, je me dirige vers mon endroit préféré, le banc rouge au pied du grand cèdre, mais aujourd'hui mon banc est occupé. Il est là penché sur sa guitare, une légère brise vient soulever la mèche blonde qui cachait son visage. Il me regarde et me sourit gentiment. Je reste là, le regard béat (il ne me manque plus qu'le filet de bave au coin de la bouche). Je sens mon visage qui vire au rouge. Je ne contrôle plus rien, l'hystérie vient de prendre le pas sur la raison. Je ...
Lui : - Vous voulez vous asseoir ? J'vous ai volé vot' place ? (à lire avec en imaginant le zoli p'tit accent nîmois qui va avec.)
Moi : - M'asseoir ?
Lui : - Erf ... oui, sur le banc là, il devrait y avoir de la place pour nous deux, non ?
Moi : - Nous deux ? (allez, allez Camille, tu peux le faire, dit quelque chose d'intelligent bon sang ...)
Lui (avec un p'tit rire gêné) : - En effet c'est bien c'que j'ai dit ...
Moi : - Merde, enfin mince, euh, j'dois vous paraître un peu débile là ... du moins si c'est ce que vous pensez de moi j'peux pas vous en vouloir parce que c'est un peu vrai ... Je veux dire que parfois j'suis bête, enfin débile, tout ça ... Je ...
Lui (en regardant par terre, de plus en plus gêné) : - C'est pas du tout ce que j'pense, enfin j'vous connais pas ...
Moi (en haussant la voix de façon à le faire sursauter) : - Moi j'vous connais ! D'ailleurs j'vous connais même très bien ! J'n'ai pas loupé une seule de vos prestations sur M6 ! Toutes sublimes, grandioses, phénoménales ...
Lui (fronce les sourcils d'un air dubitatif) : - Ah ... C'est bien ... Euh ... Merci à vous ... !
Ces quelques mots viennent de me donner le coup ultime ... J'ai tellement honte. Moi qui ai si souvent imaginé cette rencontre. Moi qui avais si souvent réfléchi à ce que je lui dirais. Je venais de me comporter comme la plus banale des jeunes filles barrées et névrosées du monde entier. Comme une vulgaire groupie de n'importe quel tocard.
Moi : - Bon j'vais m'asseoir sur ce banc, lire ce livre, écouter cette musique avec cet i-Pod et tâcher d'arrêter ce massacre ... Surtout vous de votre côté essayez d'oublier la jeune hystérique ridicule que vous venez de rencontrer ...
Il se décale un peu pour me faire une petite place et se remet à grattouiller sa guitare. Je sors mon bouquin de mon sac et me mets à lire. Enfin si l'on peut appeler ça lire, car même si je suis le texte des yeux et que je tourne les pages machinalement, je peux vous dire qu'en fait mes pensées sont ailleurs. Je cherche quelque chose à lui dire mais rien. Plus le temps passe plus j'ai cette impression désagréable de passer à côté de quelque chose tout en étant assise juste à côté de la chose en question. C'est à ce moment précis qu'il se met à fredonner cet air que je connais si bien, Cet air-là ...
Lui : - Quand ils sont longs les jours de pluie. Quand je suis ...
Mon coeur se met à battre encore plus fort qu'il y a une minute. Je me mets à chanter ...
Moi : - ... Suis seule et je m'ennuie ...
Il s'arrête brusquement.
NON ! Je ne peux pas croire ce que je viens de faire ! Cette fois il ne me reste plus qu'à prendre mes jambes à mon cou, rentrer dans mon appart' miteux, plonger sous ma couette et rester cachée là jusqu'au prochain millénaire histoire que mon souvenir ait totalement disparu de cet esprit doré .
Une fois encore son regard croise le mien, mais, à ma plus grande surprise, il me sourit à nouveau !
Lui : - Allez, 'faut pas rougir, continuez, allez !
Cette fois je ne me risque pas à lui répondre quoi que ce soit, je m'exécute... Nous commençons à chanter, tout d'abord sans trop se regarder et au fur et à mesure de la mélodie, les regards deviennent plus nombreux, plus intenses ... La chanson est terminée, sur le coup de l'émotion mes mains se sont mises à trembler. Il range sa guitare dans son étui et se retourne vers moi. Le fait de me voir ainsi toute fragile et déboussolée, le fait sourire. Là il attrape mes mains et commence à les frotter entre les siennes en faisant mine de les réchauffer...
Moi (un peu surprise) : - Bon, j'imagine que vous m'prenez toujours pour une vraie cinglée ...
Lui (un large sourire un brin moqueur sur les lèvres) : - Toujours ...
Moi : - Tu ?
Lui : - Tu.
Moi : - Dans ce cas Tu, comment j'peux faire pour changer cette mauvaise opinion qu'Tu t'es fait de moi tout à l'heure ?
Lui : - Disons qu'Tu n'te débrouilles pas trop mal pour le moment ...
Moi (en lui tendant la main) : - Camille Quincampoix, enchantée de vous rencontrer enfin Monsieur Doré ... J'ai été surprise d'apprendre, grâce à vous, que ce vieux poste de télévision recouvert de poussière qui traîne depuis des lustres dans mon salon n'était pas totalement inutile en fin de compte ...
Lui (m'attrapant la main et la baisant du bout des lèvres) : - Enchanté Madame Quincampoix, je suis moi-même surpris d'apprendre, grâce à vous, qu'une fan totalement hystérique peut devenir, en quelques minutes, une femme ravissante ...
Moi (avec un petit sourire flatté et les pommettes rougissantes): - Mademoiselle ...
Nous commençons à discuter, de tout, de rien, le genre de discussion que j'avais tant désiré avoir avec un bel inconnu sur ce banc, dans ce parc, mais là en plus d'être infiniment beau, l'inconnu s'appelle Julien, Julien Doré, tout droit sorti de cette réalité étrange où il était enfermé jusqu'à maintenant pour me faire rêver, encore et encore ... Le temps passe, il en sait bientôt autant sur moi que si j'avais fait, comme lui, la couverture de tous ces magazines durant des mois. Le temps passe, je me rends compte qu'au fond ça n'a pas d'importance. Qu'il passe ! On est bien lui et moi à parler comme ça ...
Soudain le vent se met à souffler de plus belle et un coup de tonnerre éclate au loin. Nos levons les yeux au ciel, simultanément. Les nuages se sont multipliés, ils sont devenus noirs et épais. Un orage se prépare ...
Moi : - C'est peut-être pas très prudent d'rester là-dessous ...
Lui (encore un p'tit sourire) : - Tu crois ?
Moi : - Avec la chance que j'ai aujourd'hui il y a pas mal de chances, enfin de malchance ...
Lui : - De risques ...
Moi : - De risques, que la foudre nous tombe dessus ... Histoire de rééquilibrer la balance tu vois ...
Lui : - Je vois ... Un coup de foudre quoi ...
Silence ... Il ne faut rien dire, rien qui risquerait de dissiper l'écho de ces quelques mots qui résonnent dans mon corps tout entier ... Je me lève, toujours sans dire un mot, il fait pareil. Je fais tout mon possible pour rester calme alors que mon coeur cogne si fort dans ma poitrine qu'il doit probablement être sur le point d'exploser ... Les questions fusent dans ma tête :
- Merde ! J'sais pas ... Il est sérieux ? Ironique ? Il se fiche de moi ? Pourquoi est-ce que j'y accorde tellement d'importance ? C'est ridicule ! Mais j'veux savoir ...
Je m'avance brusquement et deux fractions de secondes plus tard, mes lèvres se retrouvent sur les siennes ... Décidément j'me savais impulsive mais aujourd'hui je dépasse toutes les limites ! Là ce qui devait arriver arriva et m'écrabouilla avec la puissance d'un troupeau de gnous au grand galop, Julien Doré avait fait un pas en arrière ...